Vanessa Dougnac, l'Inde et Modi
(à propos de Vanessa Dougnac : Jungles – Mon odyssée en Inde, Equateurs, 2025)
Vanessa Dougnac, journaliste indépendante, ayant travaillé pendant 19 ans en Inde pour un certain nombre de journaux et revues français et belges, est brusquement interdite de travailler puis expulsée du pays. Un véritable malheur pour elle. Car elle aime profondément ce pays, a eu un fils avec un Indien dont elle s’est séparée plus tard et a parcouru en tous sens cet immense pays qu’on appelle un sous-continent, et rencontré tant de gens attachants, souriants et vivants ! Alors elle publie ce livre de souvenirs dans lequel la journaliste se révèle véritable écrivaine. En 11 chapitres et un épilogue. Un livre qui vous touche. Car on découvre une femme sensible. Et blessée. Sensible, parce qu’on constate que ce sont souvent les pauvres et les exclus qu’elle va voir et leurs problèmes qu’elle cherche à comprendre et à rendre publics. Les travailleurs journaliers venus à Delhi de leurs lointains villages et qui, brusquement, lors du Covid, n’ont plus de travail, donc plus de salaire, donc plus rien à manger. Les sans-terres et les aborigènes révoltés, les Naxalites, qu’elle suit dans les forêts et les jungles. D’autres aborigènes encore, ceux de l’archipel des Andaman, dévasté par le tsunami. Les survivants de l’insurrection des Tamouls et des massacres de l’armée cinghalaise au Sri Lanka. Les survivants du tremblement de terre de la Jhelum River au Cachemire, abandonnés par le Gouvernement pakistanais.
Et c’est aussi une femme blessée car elle ne comprend pas, considère qu’elle ne la mérite pas, cette expulsion subite. Et elle fait suivre chaque chapitre d’un texte en italiques dans lequel elle décrit son combat, le soutien d’autres journalistes, celui du Gouvernement français, l’Ambassade, Macron en visite officielle, mais rien n’y fait. Elle a réveillé l’ire d’un personnage puissant, probablement le Ministre de l’Intérieur, et qui ne cède pas. Et on est d’autant plus touché quand dans l’épilogue on apprend en même temps qu’on lui accorde à nouveau une autorisation de travail d’un an renouvelable (donc sous surveillance) et le fait qu’elle ne pourra même pas en profiter étant frappé, en plus, d’un cancer des os !
C’est dès le premier chapitre, intitulé L’oiseau roi, où la capitale est proie, où les hommes survivent, et consacré à la mégapole Delhi (34 millions d’habitants !) que Vanessa Dougnac se révèle écrivaine. C’est une véritable fresque qu’elle consacre à la ville. Il faudrait tout citer. Impossible, hélas. « A Delhi, le quotidien est une lutte banalisée par la résilience. La sagesse s’improvise, l’humour désamorce les débats trop sérieux. Philosophe, le conducteur de rickshaw partage ses vues avec ses passagers et dénonce l’hypocrisie des politiciens avant de s’en désintéresser dans un rire fataliste ». « Au fil des conversations, les habitants de Delhi dodelinent de la tête dans un geste emphatique, qui ne signifie ni oui, ni non ». « Vraiment ! ponctue celui qui écoute, soutenant le dialogue ». « La ville gonfle et métastase, fourbe. Les artères s’allongent sans cesse, s’enlaçant comme un lierre sauvage… jusqu’à des banlieues insalubres, insipides, aussi laides les unes comme les autres ». « Les vaches aux longs cils et aux postérieurs souillés de fiente paressent au milieu de la chaussée ». « Aux feux rouges… les conducteurs de rickshaws tirent sur leur bidi, leur cigarette à l’eucalyptus, et s’épongent le front d’une étole en coton. Une main sur la hanche, la poitrine bombée, les transgenres hijras slaloment crânement entre les véhicules, distribuant des mauvais sorts à ceux qui refusent de leur donner un billet (Les hijras sont une spécialité indienne. Elles sont les héroïnes du roman Le rire des déesses de la Mauricienne indienne Ananda Devi. Voir : Ananda Devi, l’Inde, les femmes et la religion) ».
Tout ceci me rappelle des souvenirs. Delhi est la seule ville que je connais en Inde. Mais je crois que c’est aussi la seule qui plaît aux Non-Indiens. Même si les vaches m’ont choqué moi aussi. Complètement incongrue cette apparition de vaches toujours sacrées et intouchables qui se baladent en ville. Mais il y a aussi des avenues larges et des bâtiments impressionnants qui rappellent le Raj. Je n’ai jamais vu ces foules miséreuses et ces malheureux couchés sur les trottoirs que l’on voit à Mumbai. Et Chakravarty, notre partenaire dans notre filiale, un Brahmane originaire du Bengale, m’a invité dans un restaurant dont les propriétaires étaient du Pendjab, pas végétariens du tout, manger une grande brochette de viande. Et je crois bien que c’était du bœuf. Et j’ai toujours eu des conversations intéressantes avec les gens que j’ai rencontrés. C’est aussi ce que m’a confirmé Madame West, une Franco-Américaine de Paribas : je ne fais pas d’affaires ici mais je ne m’emmerde jamais, m’a-t-elle dit.
Mais il faut croire que je n’ai pas vu à Delhi ce qu’y a vu Vanessa Dougnac. Les migrants. « Faune silencieuse, les migrants font battre le cœur de Delhi. Pour un emploi saisonnier, ils ont quitté leurs femmes, leurs champs et leurs buffles de la plaine gangétique. Conducteurs, vendeurs, gardiens, ouvriers, manutentionnaires, domestiques, ils sont les âmes de la capitale dont ils peuplent les rues par centaines de milliers… Leurs vies sont dures… Leurs sourires sont des leçons de vie. Leur misère la honte de l’Inde ». « …les plus démunis contemplent ses nuits, allongés sur les trottoirs, aux côtés des chiens errants… ils bravent sans ciller les averses, le mercure et les moustiques, installés sur les séparateurs d’avenues ou sous les ponts. En hiver, le soir venu, ils se drapent dans de grands châles. Le dos voûté ils se réchauffent autour d’un feu de bois… Avant de s’endormir, ils calculent les sommes à venir, les dettes à payer, l’argent à envoyer au village… ».
Et dans son deuxième chapitre, intitulé Le figuier de Chandni Chowk – Où l’arbre protège, où la ville devient village, elle y revient aux migrants et évoque l’époque du COVID, quand toute la vie économique s’est arrêtée et que, du, jour au lendemain, les emplois ont été supprimés, les salaires aussi et que sans salaires on n’avait rien à manger. Et que le gouvernement s’en foutait. Personne n’a dit : « Quoi que ça coûte ! ». Comme elle le fait d’habitude Vanessa Dougnac lie des relations d’amitié avec des membres du groupe qu’elle étudie. Ici ce sont des hommes installés sous « un grand arbre qui trône à l’extrémité de Chandni Chowk », une avenue historique du vieux Delhi. Le 25 mars 2020, raconte-t-elle, les autorités ont décrété la paralysie complète du pays, pour tenter de freiner l’extension de la pandémie. « La vie s’est arrêtée ». Brusquement. Alors, « dans les mégapoles » indiennes, « des millions de travailleurs journaliers, migrants venus des villages, se sont retrouvés au piège, abandonnés par les pouvoirs publics. Sans argent ni nourriture, ils survivent à Delhi, sur les trottoirs. Pendant que les habitants se terrent chez eux… ». Les hommes qu’elle regarde sont des musulmans, originaires de Bihar, un Etat de l’est de l’Inde. L’arbre est magnifique, un « majestueux pipal, figuier des pagodes », un véritable « monument végétal », envahi par une horde de singes furieux de n’obtenir, eux non plus, aucune nourriture. Les rares possessions du groupe sont cachées dans les racines de l’arbre et leurs sacs de vêtements pendus à ses branches. Malgré leur misère ils offrent un thé sans sucre ni lait chauffé sur un feu de bois à la journaliste qui vient les voir tous les jours. Les policiers qui bloquent l’avenue la laissent passer mais sont une menace constante pour les hommes de l’arbre. Qui ont peur des rafles et de la brutalité de la police (d’autant plus à craindre que les hommes du Bihar sont musulmans). Et peur des camps de quarantaine surpeuplés et insalubres. Il reste quelques soupes populaires organisées par « la société civile » et les bonnes œuvres des Sikhs. « …quelques résidents osent encore distribuer un peu de nourriture, défiant la peur ambiante qui, à travers la capitale, associe les migrants et les pauvres, et en particulier les musulmans, à la propagation du coronavirus ». Si on ne peut s’attendre à aucune charité de la part des riches il semble qu’il reste pas mal de solidarité chez les moins riches et les pauvres en Inde. « Parfois on mange, parfois on ne mange pas », dit stoïquement le petit Arman, le fils de 13 ans que son père, Siddiq, conducteur de vélo-rickshaw, a emmené avec lui du village parce qu’il n’allait plus à l’école et puis l’a placé chez un vendeur de thé où le jeune garçon devait trimer 10 heures par jour. Le père et le fils dorment sous le grand arbre, et sont dévorés par les moustiques. Parfois ils sont réveillés par des clameurs : les policiers lancent des rafles. Un matin ils se rendent compte que les singes, toujours fâchés, ont fauché leurs maigres habits enfouis dans les sacs pendus aux branches. Les animaux errants qui ne sont plus nourris par les commerçants, deviennent agressifs à leur tour. Un gros chien tue un chat et le dévore. On est entré dans la quatrième semaine de confinement lorsqu’enfin le Gouvernement organise des transports pour ramener les migrants chez eux. Finalement Siddiq réussit à se procurer au marché noir deux billets de bus pour le Bihar. L’enfant a eu un comportement exemplaire. Il ne s’est jamais plaint. Et a promis à son père de ne plus manquer l’école après son retour au pays.
Dans le troisième chapitre intitulé Le maquis – où la jungle est une âme, captive et sauvage, Vanessa Dougnac nous emmène chez des rebelles armés, des guérilleros maoïstes, les Naxalites. Là il faut commencer par quelques explications. D’abord pourquoi maoïstes ? Il faut rappeler qu’il existait en Inde un parti communiste plutôt puissant. Je sais que l’Etat du Kerala a longtemps été dirigé par les communistes. Or quand les Soviétiques se sont fâchés avec les Chinois, il y a eu scission des communistes indiens entre marxistes et maoïstes. Quant aux Naxalites j’en avais déjà entendu parler. A la lecture de ce roman absolument extraordinaire écrit en bengali par un Intouchable qui était illettré avant d’apprendre à lire et écrire en prison : Interrogating my Chandal Life de Manoranjan Byapari. C’est à Calcutta que l’auteur avait été en contact avec des bandes politisées, des Naxalites. Voir ce que je dis de ce roman à propos de la littérature indienne non-anglophone dans mon Bloc-notes 2023 : Lectures de toute une année (2022) (Prajwal Parajuly, Geetanjali Shree, Perumal Murugan et Manoranjan Byapari).
Le naxalisme, nous apprend Wikipédia, est un mouvement révolutionnaire paysan que le Gouvernement indien considère comme terroriste. Et qui l’est peut-être vraiment parce que les hommes et les femmes qui l’animent n’ont plus rien à perdre. Le mouvement a commencé dans le Bengale mais est actif, ou était actif, dans quinze Etats, ce qui montre l’importance qu’il avait pris. Toujours d’après Wikipédia, le Gouvernement indien aurait réussi à le contenir et que le mouvement n’arrive plus à se maintenir que dans 43 districts en 2023 contre 96 en 2010. Et le dernier grand bastion du mouvement serait celui du Bastar, dans le Chhattisgarh, au centre de l'Inde, peuplé principalement d’aborigènes, les Adivasis. Car ce qui n’est pas toujours bien connu à l’extérieur de l’Inde : il n’y a pas que les basses castes et hors-castes qui sont les seuls mal-traités dans ce pays, il y a aussi ceux qu’on désigne souvent comme étant ceux des tribus, les aborigènes. Même si en principe les deux, aborigènes et basses castes, profitent d’un système de favoritisme des minorités à l’américaine. En principe...
Vanessa Dougnac ne nous dit pas quand ni où elle a pu rencontrer un groupe de Naxalites et se déplacer avec lui dans la jungle et la forêt alors qu’il était sous la menace de la police. Mais il y a des chances que ce soit dans cette région, la plupart de ses contacts sont des Adivasis et essentiellement des femmes. Car le mouvement, dans ses principes maoïstes ou supposés maoïstes, pratique l’égalité parfaite entre hommes et femmes. Et beaucoup de ses groupes de combat sont des groupes de femmes.
Sugna, la combattante chargée de la propagande qui est censée la protéger, a le même âge que Vanessa et sympathise avec elle. Elle n’est pas aborigène mais intouchable, originaire de l’Etat d’Andhra Pradesh et raconte comment les intouchables y étaient réduits en esclavage par les grands propriétaires et comment ils étaient humiliés au quotidien, qu’on leur interdisait même le thé et comment, lorsqu’ils se sont rebellés, leurs villages ont été incendiés. C’est alors que Sugna a pris le maquis. Elle avait 16 ans. Et maintenant elle y mourra, au maquis, car, dit-elle, elle n’avait pas de futur…
Dans le quatrième chapitre, intitulé New-York, où le mirage est beauté, on découvre un paradis. Un paradis au Cachemire ! Incroyable ! Dans ce Cachemire, inlassable champ de bataille sanglant entre Inde et Pakistan. Vanessa loge dans un house-boat, sur le Lac Nigeen. Un lac aux « eaux immobiles », « drapé de sérénité », comme un « immense miroir qui s’ouvre et se referme » au passage des « shikaras, les barques traditionnelles », écrit-elle. Et tout autour les montagnes de l’Himalaya. Les house-boats, maisons bateaux, servaient à l’époque du Raj de résidences d’été aux colons britanniques. Aujourd’hui on y accueille des touristes étrangers. Vanessa, en sirotant un thé parfumé au safran, admire ce qu’elle appelle « le raffinement musulman » et qui, dit-elle, « s’épanouit dans l’art du thé, dans la généreuse cuisine du wazwan, dans le confort des tapis moelleux, dans les chants mystiques du soufisme ». Le séjour qu’elle décrit là a dû avoir lieu il y a longtemps déjà puisque son fils est encore petit et pêche sur la rive du lac avec les garçons de son ami Nassar qui travaille à l’étranger mais revient régulièrement auprès de sa famille qui vit ici et est originaire des lieux. Mais si les habitants de la région du lac sont musulmans, c’est bien l’Inde qui contrôle le pays et le Gouvernement n’est jamais loin. Il y a un espion local que tout le monde connaît et qui est chargé de surveiller la journaliste qu’est Vanessa. Et toute la province est « quadrillée par un demi-million de soldats ».
En fin de journée, Vanessa et son ami Hassan s’installent sur le shikara d’un vieil ami qui les emmène pour la promenade immuable du soir sur le lac. On enlève ses chaussures, on s’allonge sur de larges coussins, on converse, on boit le thé accompagné de gâteaux et de fruits secs, la barque passe dans des canaux, « entre villages lacustres et jardins flottants », l’eau est couverte de lentilles d’eau, et aussi de poules d’eau et de martins pêcheurs, puis on débarque sur un autre lac, encore bien plus grand, mais tout aussi serein, le lac Dal, « arène miroitante de lumières chaudes et de ciel, cintrée par les montagnes ». Et on se demande, une fois de plus, pourquoi les hommes, au lieu de jouir de toutes ces beautés, n’ont qu’une idée en tête, se battre, s’opposer, faire couler le sang, simplement parce que l’autre est différent…
Vanessa est revenue au Cachemire plus tard, au Cachemire pakistanais, tout de suite après un terrible tremblement de terre qui a ravagé les villages de montagne perchés au-dessus de la gorge de la rivière Jhelum. Elle le raconte au chapitre 9 intitulé Jhelum River – où les routes s’effacent. On ne sait pas quand cela s’est passé, Vanessa n’indique jamais de dates, mais la catastrophe a dû être terrible, les villages en ruines, des cadavres partout, peut-être 10000 morts ou blessés, mais surtout tous les accès coupés, et les survivants, blessés ou non, sont restés des jours sans nourriture, sans médicaments et sans aucune assistance médicale. Elle se bat avec quelques rescapés, quelques médecins et étudiants en médecine pour convaincre les autorités d’envoyer des secours par les airs, mais les autorités sont visiblement complètement dépassées et l’armée préfère rester à garder la frontière plutôt qu’envoyer des hélicoptères dans la montagne. Sa description est magistrale et terrible à la fois, surtout quand il faut couper la jambe d’une femme puis qu’on jette la jambe coupée dans la gorge de la rivière ou lorsqu’un couple arrive à pied portant une fillette toujours vivante et souriante qui a le crâne enfoncé. Mais comme souvent dans ces circonstances il y a aussi des gens simples qui se révèlent être des héros.
Il y a d’autres chapitres qui m’intéressent moins. Comme le chapitre 5 qui parle d’un déplacement aux îles Andaman après le réveil d’un volcan, comme les chapitres 6 et 7 qui nous emmènent au Sri Lanka et, en particulier sur une certaine plage où l’armée cinghalaise avait commis un véritable crime de guerre, un horrible massacre de civils tamouls, et comme le chapitre 10 qui raconte la rencontre avec un émouvant couple de jeunes Rohingyas qui a fui la Birmanie et se retrouve dans un camp du Bangladesh où il n’y aura aucun avenir pour eux. Et pourtant, au moment même où j’écris ces lignes, mon quotidien signale que des milliers de Rohingyas des camps se sont révoltés ces jours-ci : cela fait neuf ans que les premiers sont arrivés là, qu’ils sont toujours entassés dans des camps sans pouvoir travailler, que l’aide internationale diminue de plus en plus, que le Bangladesh se dit dépassé, que, chaque année des milliers d’entre eux cherchent à atteindre les pays voisins (le garçon du couple rencontré par Vanessa voulait rejoindre l’Australie) dans des embarcations de fortune et perdre la vie dans l’immensité de l’Océan Indien, et que, maintenant, ils demandent simplement à pouvoir retourner chez eux.
Dans les chapitres 8 et 11 Vanessa revient à l’Himalaya. Le chapitre 8 est intitulé : Sauvages – où les glaces sont larmes. Elle se rend au Népal, visite un fond de vallée (vallée de Dolakha) d’où on peut atteindre après un trek de plusieurs jours le lac Tsho Rolpa, le plus grand mais aussi celui que l’on considère comme le plus dangereux des 2000 lacs d’altitude « nés de la fonte des glaciers népalais ». « Ses digues fragiles, amoncellements de moraines, de roches et de boues, retiennent près de cent million de mètres cubes d’eau », écrit-elle. Or, ajoute-t-elle, « elles menacent de céder à tout moment et leur rupture libérerait les eaux en une vague dévastatrice, qui déferlerait dans la vallée en suivant le cours de la rivière, emportant sur son passage les ponts, les barrages et les maisons des berges ». Et pourtant le lac Tsho Rolpa est l’un des très rares lacs où l’on a essayé d’intervenir en consolidant la digue et en y aménageant des vannes permettant d’évacuer un peu de l’eau du lac et d’essayer d’abaisser son niveau. Mais tous ceux qui y ont eu accès considèrent que le danger est toujours là et qu’un jour la catastrophe va se déclencher. C’est au moment, encore une fois, où j’écris ces lignes que l’actualité me rattrape. Une coulée de boue mêlée de roches meurtrière entre Nepal et Tibet déclenchée par une avalanche de pierres. Probablement plus de 5000 morts. Et aujourd’hui 29 août on annonce que côté chinois on a dû arrêter les secours à cause d’un lac d’altitude qui risque de déborder d’un instant à l’autre. Ma cousine Christine, grande trekkeuse devant l’Eternel et passionnée de toutes ces régions himalayennes depuis plusieurs décennies, me dit sa tristesse devant ces évènements qui touchent à nouveau une région, toute proche du Langtang, me dit-elle, qui a terriblement souffert d’un tremblement de terre en 2015 qui avait déjà causé près de 10000 morts. Elle m’envoie aussi des photos du lac Tsho Rolpa dont parle Vanessa et que ma cousine avait rejoint il y a quelques années déjà. Les voici :