L'Apocalypse est pour demain.
Il y a onze ans exactement j’avais mis un texte en ligne que vous n’avez probablement pas lu et que vous ne lirez jamais parce qu’il parle d’une part d’un écrivain américain, Jonathan Franzen dont j’avais beaucoup admiré son chef d’œuvre, Les Corrections, et d’un journaliste-écrivain autrichien, un peu oublié aujourd’hui, Karl Kraus. Et surtout du commentaire de Franzen sur certains écrits de Kraus qui parlaient alors pour la première fois d’un phénomène surprenant, l’avènement de la modernité, de l’avènement et de la rapidité de cet avènement. Qui faisait penser à l’arrivée d’une Apocalypse. Kraus vivait il y a plus de cent ans. Que dirait-il s’il vivait à notre époque ! Mais Franzen est quelqu’un d’honnête. Alors il se pose quelques questions. Et pense que lorsqu’on analyse la nature des changements apportés par la modernité il faut chaque fois se poser la question de savoir si ce qu’on ressent comme une apocalypse, les fameuses valeurs essentielles perdues, est quelque chose de personnel ou quelque chose qui concerne l’humanité dans son ensemble. Or il se trouve que j’avais moi-même eu cette idée d’Apocalypse et que j’y avais réfléchi. Et voilà ces réflexions que je voudrais vous présenter à nouveau. Les voilà :
L’image de l’Apocalypse s’était imposée à moi, sans que je pense à Kraus, il y a de nombreuses années déjà. Et je me rappelle qu’au cours d’une soirée avec des amis, en septembre 2008, quand nous venions de comprendre toute la gravité de la crise des sub-primes, j’avais évoqué les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Le Cavalier blanc de la Finance (celui que Hollande voulait combattre), le Cavalier vert de la destruction de l’environnement, le Cavalier noir du fanatisme religieux et le Cavalier rouge de la déculturation (individualisme forcé, argent, plaisirs, sexe, exhibitionnisme, voyeurisme, remplacement du lien vertical avec le passé par un lien horizontal de suivisme et socialisation facebook, twitter, SMS). Est-ce que ces quatre Cavaliers sont annonciateurs d’une Apocalypse personnelle ou d’une Apocalypse de l’Humanité ?
Celui de la Finance c’est celui du nouveau capitalisme financier, du libéralisme outrancier, maintes fois décrit (voir mon Voyage, Tome 4, Rocard et le capitalisme financier). Et que Franzen décrit très bien dans ses Corrections. Qui ne connaît plus aucune éthique, seulement le profit maxi, qui se fout de la concurrence, qui cherche à toujours grossir plus, acquérir des positions de monopole, se sert de la mondialisation pour se libérer de l’emprise des Etats, donc de la démocratie, est court-termiste, donc destructeur de l’industrie, met l’homme non au centre mais à la périphérie, le plus loin possible, si possible au chômage, contamine ses acteurs, banquiers, traders, dirigeants d’entreprises, avec son idéologie, son fondamentalisme, la même avidité (le greed) pour l’argent, contamine d’ailleurs tout avec son court-termisme, et en particulier tous ceux qui devraient s’inquiéter de la protection de notre environnement terrestre. S’agit-il là d’une Apocalypse personnelle ? Non, cela concerne notre Société, cela concerne l’Humanité. Les signes avant-coureurs du cataclysme à venir sont là : Piketty nous annonce que l’écart entre les plus riches et les autres ne font que grandir (on s’en doutait), les statisticiens démontrent que les revenus du capital sont largement supérieurs à ceux du travail, le taux de chômage n’a jamais été aussi énorme depuis 70 ans en Occident, les Politiques qui nous dirigent n’ont plus de leviers de commande, la colère et le désespoir détruisent la machine démocratique, développent la délinquance et le racisme et conduisent les plus faibles à se jeter dans les bras des faux dieux. Et l’Occident n’est pas le seul concerné, bien évidemment. Le greed du nouveau capitalisme a immédiatement empoisonné les pays ex-communistes où, du jour au lendemain, ont poussé comme des champignons des champions de la combine mués soudain en nouveaux milliardaires. Et rares sont les pays où les travailleurs ont profité matériellement du fameux transfert d’ouest en est de nos fabrications industrielles.
Qu’en est-il du Chevalier vert ? Pas la peine de donner de longues explications. L’Amérique, la Chine et l’Inde s’en foutent du fameux effet de gaz de serre. La température va monter bien plus que les 2 degrés souhaités d’ici la fin du siècle, d’où fin de la banquise, montée des océans, disparition d’îles et régions côtières, fonte des glaciers des Alpes et de l’Himalaya (source de l’eau du Gange), augmentation dramatique des typhons et autres phénomènes météorologiques extraordinaires. La population mondiale continue à augmenter de manière exponentielle, la moitié de la biosphère a disparu en 50 ans et va continuer à disparaître, les poissons dont une grande partie de la population humaine se nourrit, entre autres, la pollution des océans prend des proportions dramatiques (aucune mesure sur le plan mondial pour l’interdiction des sacs plastiques par exemple), celle de nombreuses régions d’Asie aussi, etc. etc. Si Apocalypse il y a elle est là aussi pour l’humanité dans son ensemble, pas pour moi personnellement (car je serai mort avant).
Le Chevalier noir. On ne sait si la parole attribuée à Malraux est authentique ou non (le XXIème siècle sera religieux ou il ne sera pas), ce qui est sûr c’est qu’on n’a jamais vu un tel retour des religions. La mort du communisme n’a pas seulement permis le retour du capitalisme mais aussi celui des religions (orthodoxe en Russie, bouddhisme en Chine). La fin du colonialisme et du nationalisme nassérien ont permis un retour en force de l’Islam. Or toutes les religions ramènent avec elles une certaine violence. Surtout les religions monothéistes. L’un de mes correspondants internautes étudie le problème de la violence monothéiste depuis de nombreuses années (et publie largement sur ce sujet). Pour lui l’origine de cette violence est à chercher dans la notion de « Dieu jaloux » de l’Ancien Testament. Pour moi elle n’est qu’un phénomène de la vieille hostilité entre groupes mais marquée ici par une violence accrue du fait que ce qu’ils ressentent comme différence est du domaine métaphysique. Ce retour des religions est d’autant plus surprenant qu’en Europe occidentale on assiste plutôt au déclin et à l’indifférence en la matière. Si la violence a marqué l’histoire des religions chrétiennes comme celle de l’Islam, c’est essentiellement au sein de ce dernier que l’on assiste à un véritable retour de la barbarie. La barbarie n’est d’ailleurs pas dans l’Islam même mais dans ceux qui s’en couvrent pour s’adonner à leur violence, leur cruauté et leurs pulsions sexuelles (voir dans l’admirable film du Mauritanien Sissoko, Timbuktu, le face à face entre l’imam de la Mosquée de Tombouctou et le chef de ceux qui prétendent faire le djihad). Le monde islamique n’est d’ailleurs pas le seul à baser sa violence sur la religion : les Israéliens se fondent sur la Torah pour prendre les dernières terres des Palestiniens et les Evangélistes américains sur la Bible pour soutenir la cause des Israéliens. Serbes orthodoxes et Albanais musulmans continuent à se haïr au point de ne même pas pouvoir jouer au football l’un contre l’autre (voir les incidents tout récents). La haine entre Musulmans et Hindouistes (qui ne sont pourtant pas monothéistes) continue de plus belle en Inde et au Pakistan. De toute façon quand je vois un monde où la religion, qui pour moi est superstition et retour à l’homme primitif, prend le dessus partout (Chine, Inde, monde musulman, Etats-Unis, évangélisme américain et asiatique, Haïtiens comme Philippins se précipitant à l’église pour remercier Dieu de les avoir sauvés après un tremblement de terre au lieu de s’en prendre à lui qui, pour eux, en est le seul responsable, etc., etc.), quand je vois ce monde où la religion a pris le dessus sur ce qui fait toute la supériorité de l’homme sur les autres animaux, la pensée, la raison, je me dis, pour reprendre la formule de Kraus, que ce monde ne peut être un avenir pour moi. Ni pour l’Humanité…
Avec le dernier Cavalier (mœurs, culture) on revient aux questions fondamentales posées aussi bien par Kraus que par Franzen. Lorsque j’ai inventé mon Cavalier rouge une galeriste, critique d’art connue, venait de publier un livre où elle décrivait en détail ses expériences sexuelles et la plénitude du plaisir qu’elle éprouvait quand tous les orifices de son corps étaient comblés simultanément par les membres de messieurs libertins inconnus. Un peu plus tard, comble de l’ironie ou de la connerie, elle exposait dans un autre livre la souffrance que lui avait causée la tromperie (ou l’abandon pour une autre) de son époux et les affres de la jalousie. Mais la dame est toujours aussi considérée et le Monde vient encore de l’interviewer il y a quelques semaines. Un peu plus tard une animatrice de télé berlinoise très appréciée parle dans un livre intitulé Zones humides de la fascination qu’elle éprouve pour ses sécrétions intimes. Le livre est un grand succès et est aussitôt traduit dans toutes les langues. Au même moment le Flamand Jan Fabre organise une représentation au Festival d’Avignon où il met en scène les sécrétions humaines, sang, sueur et urine et l’un des « acteurs » pisse face aux spectateurs dans un urinoir (je ne me souviens plus si Fabre l’a aussi obligé de se masturber pour sécréter aussi son sperme). Et le Ministre de la Culture se dérange pour venir à Avignon et dire que c’est bien. Et un nouveau Docteur Cornélius, le « sculpteur de chair humaine » de Gustave Le Rouge, montre dans une exposition itinérante, à Lyon et Marseille (Paris est resté épargnée) des cadavres humains écorchés et plastifiés, des cadavres humains d’êtres humains ! Antigone, reviens ! Et puis on a Jeff Koons à Versailles, son Homard dans la chambre du Roi Soleil, et son Michael Jackson caressant un petit garçon assis sur ses genoux dans la Galerie des Glaces. Et, ici à Luxembourg, à l’ouverture du MUDAM, le Musée dit de l’Art Moderne, on peut visiter ce qu’ils appellent une installation, une salle vide avec un gros tas de marc de café au milieu. Alors, moi je veux bien, c’est donc cela l’art de notre temps ! Il n’y a qu’un Conservateur, un ancien, Jean Clair, à oser encore écrire que le Roi est nu. Et les mœurs des temps modernes ! Et la culture alors ? Le livre se meurt-il vraiment ? Est-ce grave ? Est-il remplacé par autre chose ? Mais papa, me dit mon fils Alexandre, tu dois quand même reconnaître que le digital et l’internet sont une révolution aussi importante que l’était l’invention (ou la réinvention) de l’imprimerie par Gutenberg ! Et que le livre digital voit ses ventes exploser. Oui, mon fils, mais quand je vois des statistiques qui montrent qu’en dix ans les étudiants qui lisent au moins cinq livres par an ont diminué de moitié (je crois qu’ils ne sont plus que 20%) je ne crois pas qu’on ait fait la différence entre papier et digital. Beaucoup de sociologues se sont penchés ces dernières années sur les jeunes, essayant de comprendre leur évolution. Michel Serres qui aime beaucoup ses étudiants les appelle gentiment des « Poucettes » à cause de la virtuosité avec laquelle ils envoient leurs SMS. Moi je prétends depuis quelque temps déjà que le lien vertical de l’humanité est en train d’être coupé. Et qu’il est remplacé par les liens horizontaux que sont les petits et grands réseaux (SMS entre groupes de jeunes, e-mails de blagues, de nouvelles, de rumeurs réexpédiés et multipliés entre moins jeunes, Facebook et Twitter, etc.). L’autre jour on parlait du nageur américain Phelps et on disait qu’il avait 1 million six cent mille suiveurs. Je me suis demandé ce qu’il avait d’extraordinaire, quelles étaient ses idées, ses pensées pour qu’un si grand nombre de gens demandent à être son ami. Et puis le lendemain, un choc : dans les actualités sur Google que je consulte plusieurs fois par jour (oui, moi aussi je suis contaminé. Un peu. Je le confesse) je lis : Ronaldo a franchi le cap des 100 MILLIONS de fans. Après réflexion je me suis dit : ce n’est pas possible, il y a combien d’habitants en Europe ? Un peu plus de 300 Millions. Comment cet homme peut-il arriver aux cent millions ? Bon il est beau garçon, il joue bien au football et il gagne beaucoup d’argent, mais bon, et alors ? Ce n’est quand même pas le Sage du Siècle ! Alors je suis retourné sur le net : le Figaro confirme : 100 millions d’amis sur Facebook, 30 millions sur Twitter. Et on dit que le monde souffre d’individualisme forcené. Drôle d’individualistes ! Hitler les ramasserait aujourd’hui comme le vent d’automne les feuilles mortes !
N’étant ni sociologue ni ethnologue, ni anthropologue ni même philosophe, je suis incapable d’analyser cet aspect nouveau de notre société, cette apparente contradiction entre un individualisme extrême et une socialisation tout aussi extrême. Peut-être tout cela procède d’une certaine logique. Logique que l’individu, libéré de certains interdits ou tout simplement caché dans la multitude, s’adonne de plus en plus à ses pulsions, ses plaisirs, ses jouissances. Logique aussi que dans un monde rendu de plus en plus vaste par la mondialisation et l’explosion démographique l’individu cherche à s’y noyer, fusionner avec les autres, par le sexe comme par le reste. Je me souviens d’avoir lu il y a bien longtemps un roman de science-fiction et d’une certaine scène de ce roman qui ne m’est jamais sortie de la tête : des fillettes, toutes semblables, toutes habillées de rose, chantent et forment une ronde ; la ronde tourne, s’accélère jusqu’à ce qu’elles fondent en un seul corps, un énorme vers rose… Ce monde-là n’est pas pour moi. Apocalypse individuelle, oui, sûrement. Apocalypse pour l’humanité ? A voir. En tout cas ce ne sera plus jamais la même humanité.
Voilà. C’était il y a onze ans. Ces réflexions étaient contenues dans une note de mon Bloc-notes 2015, intitulée Franzen, Kraus et l’Apocalypse. Qu’est-ce qu’il y a à ajouter ou à changer aujourd’hui ?
Au portrait du Cavalier blanc de la Finance ? Simplement ceci : la situation n’a fait qu’empirer. Exploser même. Ce qui ne doit pas nous surprendre. Le greed ne s’arrête jamais. Il rend fou. Je me souviens encore de la découverte du Palais de Ben Ali, lors de la révolution tunisienne. Alors que lui et sa famille contrôlaient toute l’économie du pays, il accumulait encore les richesses dans son immodeste logis, ses coffres étaient bourrés d’innombrables billets de banque dans les grandes monnaies du monde entier ! Aujourd’hui nous avons l’exemple de Trump qui n’est à la Maison Blanche que depuis un an seulement et qui a déjà considérablement augmenté sa fortune personnelle et celles de ses fils et gendre en profitant sans le moindre scrupule de sa position. Créant par exemple une cryptomonnaie personnelle. Et basant toute la politique étrangère des Etats-Unis sur la recherche du profit. Valeur unique ! Quant aux grands patrons de la Tech leurs fortunes prennent des proportions carrément apocalyptiques. Dépassant de loin les richesses de la plupart des Etats dans le Monde. Un Monde gouverné par un petit nombre d’Oligarques. J’ai écrit quelque part que tout le monde pouvait avoir une vague idée de ce que représente un Million d’Euros ou de Dollars (la valeur d’un appartement parisien, par exemple), mais que pratiquement personne ne peut s’imaginer ce que représente un milliard, un millier de millions. Or maintenant on parle de centaines et même, pour Musk, de milliers de milliards !
Quant au Chevalier vert ? Il y a d’abord Trump encore qui clamait : Drill, Baby, drill ! Et qui vient d’abolir la grande loi fédérale qui cherchait à freiner la progression des effets des gaz de serre. Qui dit que le charbon est propre, qui arrête les éoliennes en mer et qui raconte que le changement climatique causé par les hommes, c’est une arnaque ! Une arnaque des Chinois. De toute façon tout le monde peut saisir aujourd’hui ce que cela veut dire quand on parle de changement climatique. Au cours des deux années passées on a connu des incendies de forêts absolument incontrôlables et sur des étendues jamais connues auparavant aussi bien en Californie qu’au Canada, une ville entière détruite par le feu en un laps de temps incroyablement court, quelques heures, à Hawaï, des vents d’une force telle sur la côte Pacifique du Mexique qu’ils ont réussi à arracher des façades d’immeubles. Depuis peu on se rend également compte de la terrible menace que représentent des températures dépassant les quarante degrés sur les ouvriers qui travaillent à l’extérieur, coupeurs de cannes ou travailleurs des chantiers des Emirats : la déshydratation fait littéralement exploser leurs reins, ils meurent ou finissent leurs jours à l’hôpital ! Dans les Antilles françaises on annonce la mort définitive des bancs de corail. On sait désormais en quelle année le dernier des glaciers des Alpes aura disparu. Et on sait que les glaciers de l’Antarctique fondent encore plus vite. Ceux de l’Himalaya fondent eux aussi. Des lacs himalayens débordent et engloutissent les villages situés en contre-bas. Mais en même temps la disparition des glaciers himalayens assèche les rivières du sous-continent. Que deviendra l’Inde quand le Gange ne coulera plus ? Il paraît que la grande sècheresse qui règne sen Iran cette année est déjà causée par la diminution des glaciers de l’Himalaya. Et en ce début d’année nous connaissons une fois de plus des inondations monstres en France. Et surtout : on sait que ce n’est qu’un commencement, on sait que cela ne peut qu’augmenter chaque année ! L’Apocalypse, vous dis-je. Et je pense à mes deux petits-enfants qui ont 17 et 19 ans. Dans 60 ans, ils approcheront les 80 ans et vivront toujours, je l'espère bien. On sera en 2086 ! Où en sera ce Monde ? Comment le vivront-ils ?
Le Cavalier noir des religions ? Là aussi on découvre que leur emprise ne fait qu’augmenter. D’abord il y a nos nouveaux et anciens autocrates qui s’en servent. Plus que jamais. C’est Poutine qui s’appuie sur un nationalisme orthodoxe, Modi sur un nationalisme hindou (alors que l’Inde comprend 15% de musulmans ! Et 5% d’autres religions, chrétiens, Sikhs, surtout. Quelle folie !), Trump sur les évangélistes en pleine expansion, Netanyahou sur les Juifs intégristes. Et d’autres autocrates sur la religion musulmane (Algérie, Indonésie, Malaisie, Pakistan). Et que l’Iran en a fait une théocratie. Et le plus étonnant : l’augmentation des jeunes convertis. En France, en Europe. Un article récent du sociologue Philippe Portier dans le Monde (19/12/2025) étudiait le phénomène. Et fournissait des chiffres effrayants. Effrayants pour moi, je prie les croyants qui me lisent (il y en a dans ma famille) de m’excuser. Mais pour moi cela représente un avenir sombre. Parce que pour moi la religion c’est l’irrationnel. Or pour échapper à l’Apocalypse on a besoin, plus que jamais, de la raison.
Le Cavalier rouge est plus complexe. Et par conséquent son évolution plus difficile à analyser. Rien de nouveau à signaler à propos de ce que je considère comme un déclin culturel. Ni du côté du règne du sexe. D’ailleurs l’affaire de cette femme endormie chimiquement la nuit par son mari pendant dix ans et offerte aux délires sexuels de 50 hommes de tous âges et toutes positions sociales montre bien qu’aucun mouvement me-too n’est capable de brider la sauvagerie primaire de la sexualité libérée. Mais j’observe aussi – et m’étonne que personne n’ait relevé la chose – que sans le net et ses sites noirs ce fait divers n’aurait pas pu prendre l’ampleur qu’il a prise. D’ailleurs c’est bien dans ce domaine-là que je vois le côté apocalyptique du Cavalier rouge. Dans le Net et les réseaux.
D’abord par son effet sur la démocratie. En privilégiant l’émotion par rapport à la raison. J’ai évoqué cette réalité à plusieurs reprises sur mon Bloc-notes. Or l’émotion développe le populisme. Et le populisme a la fâcheuse tendance à devenir extrémisme. Et l’extrémisme rend les sociétés violentes et bi-polaires. La polarisation est clairement générée par les algorithmes. Qui vous resservent ce que vous voulez entendre. Ce à quoi vous croyez déjà. Ce qui explique la montée de l’extrême-droite en France et en Europe. Et l’avènement, tout ce qu’il y a de plus improbable, d’un Trump aux US. Sa bêtise, sa vulgarité, son absence totale de toute éthique, son narcissisme, son avidité de pouvoir et d’argent.
C’est aussi le net qui fait triompher la bêtise sur la raison et le mensonge le plus énorme sur la vérité. Le mensonge en matière politique a toujours existé. Il n’y a qu’à se rappeler Hitler et Mussolini. Mais il s’agissait là de régimes totalitaires, donc sans contre-pouvoir et sans presse libre. Dans le monde d’aujourd’hui la presse libre a beau exister mais le Net, lui, ne connaît aucun contrôle. Ou presque pas. Et en aura encore moins lorsque ce sont des Musk qui le domineront entièrement. Nous sommes donc entrés dans un monde où le mensonge est appelé vérité alternative et où un Trump peut sortir quotidiennement les plus énormes mensonges qui soient et qui vous laissent complètement groggys. Et Poutine en fait autant. En modifiant carrément l’Histoire (un processus parfaitement décrit par Orwell dans 1984). Et on laisse passer. Plus personne ne réagit.
Dernière étape : l’IA. Avec l’Intelligence dite artificielle, le mensonge devient vérité par l’image. Le réseau de Musk déshabille les femmes, célèbres ou pas. La fille de mon ami Luc fait vieillir ses enfants et ma propre fille me dit qu’elle a la même appli sur son smartphone. Hier soir nous avons vu les Oiseaux de Hitchcock à la télé. Aujourd’hui le même film peut être réalisé sans être obligé de faire piquer la pauvre Tippi Hedren par de véritables corbeaux et mouettes. Et on pourra créer bien d’autres images encore plus terribles et plus incroyables dont plus personne ne pourra décerner la réalité. Avec l’IA nous entrons définitivement dans un monde virtuel.
Bonjour l’Apocalypse !