Poser cette question paraît a priori absurde quand on connaît Albert Camus, sa pensée, son humanisme. Du moins quand on parle du roman. Mais qu’en est-il du personnage, de celui qu’on nomme l’Etranger ? Ozon vient d’en faire un film et déclare à la télé : j’ai changé la première phrase du roman. Celui-ci, vous vous en souvenez, commençait par ces mots : Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Chez Ozon le film commence avec cette autre phrase du roman : J’ai tué un Arabe. C’est qu’entre 1942, date de publication du roman de Camus, et aujourd’hui, beaucoup de choses se sont passées dans cette Algérie où a eu lieu le drame, dit Ozon pour expliquer sa modification du texte. Et je comprends ce qu’il veut dire. Des choses énormes : une sale guerre avec des attentats terroristes d’un côté et des actes de torture et des meurtres de l’autre côté, l’exode de près de 800 000 pieds noirs et des rancoeurs réciproques qui n’ont toujours pas entièrement disparu soixante ans plus tard. Le meurtre de « l’Arabe » par Meursault prend donc une autre résonance. On ne peut ignorer le contexte.
J’ai saisi l’occasion de la sortie du film d’Ozon, que je n’ai pas encore vu, pour relire le roman. Et relire également celui de Kamel Daoud (Meursault, contre-enquête, Actes Sud, 2014). J’aime beaucoup Daoud journaliste et polémiste, j’aime moins l’écrivain. Mais s’il a considéré qu’il fallait écrire un roman-miroir, miroir à celui de Camus, c’est qu’il a ressenti une certaine blessure au récit du meurtre d’un Arabe anonyme qui n’a pas de nom et dont on ne sait rien. Chez Daoud l’Arabe a un nom (et Ozon a dû lire le roman de Daoud puisque lui aussi donne un nom à l’Arabe et le même prénom, Moussa) et son frère le venge en tuant lui aussi un Européen, un pied noir, en 1962, juste après le cessez-le-feu, à Oran (et là on revient à nouveau à l’histoire : effectivement il y a eu d’importants massacres d’Européens dans cette ville à ce moment-là alors que l’Armée française avait reçu l’ordre de ne pas bouger !). Daoud, toujours pour accentuer encore l’effet miroir, reprend souvent des phrases entières du roman de Camus, en les mettant en italiques. Comme cette description de Camus du groupe d’Arabes qui se trouvent en face de l’immeuble de Meursault quand il en sort avec ses amis : « J’ai vu un groupe d’Arabes adossés à la devanture d’un bureau de tabac. Ils nous regardaient en silence, mais à leur manière, ni plus ni moins que si nous étions des pierres ou des arbres morts ». Chez Daoud c’est le jeune frère de Moussa qui voit des « colons » revenir après l’Indépendance chercher à retrouver des souvenirs. « J’ai vu récemment un groupe de Français devant un bureau de tabac à l’aéroport. Tels des spectres discrets et muets, ils nous regardaient, nous les Arabes, en silence, ni plus ni moins que si nous étions des pierres ou des arbres morts ». Or la phrase de Camus reprise par Daoud exprime bien une absence totale de rapport humain entre les deux communautés. Donc Camus l’assume. Ce qui ne veut pas dire qu’il l’approuve.
J’ai relu L’Etranger avec un certain plaisir. Et j’ai mieux compris le meurtre. Il m’a paru un peu plus vraisemblable. Or la première partie du roman est réaliste. C’est la deuxième qui ne l’est plus. Certains ont parlé de l’invraisemblance du procès et de la condamnation à mort (pour le meurtre d’un simple Arabe !). Moi je ne parlerais pas d’invraisemblance mais d’irréalité. Voulue. La différence de style entre les deux parties est bien évidemment voulue elle aussi par Camus. Le procès est une satire de la société : on n’a jamais vu un meurtrier condamné à mort parce qu’il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère ! Et Meursault qui pendant toute la première partie n’a aucun sentiment, ne parle guère, tout lui est égal, donc semble n’avoir aucune vie intérieure, soudain parle, une fois qu’il est en prison et qu’il est condamné à mort. Maintenant il réfléchit sur lui-même, sur ce qu’il a fait, sur sa vie et sur la religion. Ceci étant, je ne me permettrais certainement pas d’entreprendre une critique de ce roman : alors qu’il y a un nombre incroyable d’universitaires qui l’ont étudié. J’ai dans ma bibliothèque un ouvrage étrange que j’ai trouvé je ne sais où : Brian T. Fitch : L’Etranger d’Albert Camus, un texte, ses lecteurs, leurs lectures, étude méthodologique, Larousse Université, 1972. Brian Fitch était Professeur de langue et littérature à l’Université de Toronto. Il s’agit d’une brillante synthèse d’études du roman parues aussi bien en français qu’en anglais et dans tous les domaines : lectures métaphysique, existentialiste, ontologique, psychanalytique, politique, biographique, sociologique, esthétique et j’en passe ! Ce qui démontre d’ailleurs la richesse de ce texte !
Or, bizarrement, l’étude politique est plutôt courte. Fitch aussi note la fameuse phrase sur ces Arabes qui regardent les pieds-noirs « comme s’ils étaient des pierres ou des arbres morts ». Il cite une universitaire française, Renée Quinn, qui a publié un article intitulé « Le thème racial dans L’Etranger » dans la Revue d’Histoire littéraire de la France en 1969 et qui trouve que la rencontre des deux groupes sur la plage a un « caractère presque rituel de la confrontation ». Lors de la deuxième rencontre, les Arabes n’étaient plus que deux, l’un regardait Raymond sans rien dire et l’autre soufflait dans un petit roseau en jouant trois notes. Quinn y voyait une « attitude de défi et de résistance passive » et ajoutait qu’elle pourrait symboliser « celle de la masse de la communauté arabe opprimée ». Je suis curieux de voir ce qu’Ozon en a fait, de ces deux scènes, dans son film. Fitch signale encore trois autres études du problème de la confrontation Pieds noirs – Arabes (Henri Kréa : le malentendu algérien dans France-Observateur, 1961, Connor Cruise O’Brien : Camus, Fontana/Collins, Londres, 1970 et Emmett Parker : Albert Camus. The artist in the arena, The University of Wisconsin Press, 1965), mais je ne m’y arrêterai pas. Les trois cherchent à faire un parallèle entre « l’innocence » de Meursault et celle des Français d’Algérie. Je pense que l’article de Pierre Nora (celui qui allait devenir le grand historien que nous connaissons et qui est mort il y a quelques mois à 93 ans) paru dans France-Observateur en 1961 (un journal que je lisais régulièrement à l’époque et qu’Annie m’envoyait, caché dans un colis de livres, en Algérie pendant mon service militaire) était probablement plus pertinent (Pierre Nora : Pour une autre explication de L’Etranger). Voire. Voici ce qu’écrit Nora (d’après Fitch) : le roman tout entier est « l’exact reflet – jusque dans son titre – de la présence française en Algérie ». Il voit en Meursault quelqu’un qui est « étranger » aussi à la société qui l’entoure, c’est-à-dire à l’Algérie, à l’Algérie des Arabes. Il y vit comme Robinson sur son île. Et, en cela, « sa situation reflète l’attitude collective latente des Français d’Algérie ». Il va encore plus loin en trouvant que la condamnation à mort infligée par Camus à Meursault devient « l’aveu troublant d’une culpabilité historique et prend les allures d’une tragique anticipation ». « Le but polémique et le parti politique de son auteur sont évidents », dit Fitch.
Tout ceci demande quelques explications. D’abord en ce qui concerne Nora. Il a été professeur du principal lycée d’Oran de 1958 à 1960, c’est-à-dire en pleine guerre. A peu près au même moment, en 1960, j’y ai été sous-lieutenant au 9ème Hussards stationné sur les haut-plateaux oranais au sud de Sidi-Bel-Abbès. Or, en revenant dans l’hexagone, en 1961, il a publié ce qu’on pourrait qualifier de pamphlet, Les Français d’Algérie (chez Julliard). Jean Lacouture lui consacre un article dans le Monde du 29 avril 1961 que l’on peut trouver sur le net. Tout en en reconnaissant les grands mérites (« de ce jeune professeur d’histoire »), Jean Lacouture déplore son manque d’amour pour les pieds noirs (en fait ils l’énervent prodigieusement) et trouve « qu'il lui manque un tout petit peu de la chaleur que dégage la rue d'Alger » et qu’ainsi « il se condamne à ne pas voir un certain aspect du paysage ». « Reste une histoire exceptionnellement brillante et savante des rapports humains au sein de la société européenne d'Algérie, des relations entre Européens et musulmans, entre " pieds noirs " et métropolitains », ajoute Lacouture. « Qui a mieux dit le sentimentalisme coléreux, la bonhomie brutale, l'hospitalité conquérante du peuple de Bablouette ou du cours Bertagna, l'extrême éloignement et le compagnonnage suspect des deux communautés, la cohésion criarde du groupe européen, l'éparpillement tragique de la masse musulmane, et ce Moyen Age mental dans lequel vivent les électeurs de Pierre Lagaillarde, menaçant de nous entraîner à leur suite ? », écrit-il encore. C’était juste avant que l’OAS se déchaîne dans toute son irrationalité (et le putsch des généraux tout aussi irrationnel). Le livre de Nora a été republié en 2012 par Christian Bourgois avec un certain nombre de compléments. Dans le compte-rendu de cette réédition que l’on peut trouver sur le site Persée je note que Nora, dans un article publié à la même époque dans France Observateur, avait dit qu’il « voulait se refuser au sentimentalisme compassionnel qui nous avait valu, au nom de la solidarité inconditionnelle avec nos compatriotes d’Algérie l’enlisement dans le statu quo et le piétinement politique ». Et il regrettait amèrement que les Français de France (en fait essentiellement la France officielle, pas les Français en général) projettent leurs illusions sur les Français d’Algérie au lieu de leur imposer la fin de toute illusion. Cela me touche, parce que lors de mon séjour sur place j’étais arrivé exactement aux mêmes conclusions. Toute autre solution que l’indépendance était définitivement condamnée, la fameuse troisième force une belle chimère et j’étais énervé, probablement comme Nora, par l’hystérie Algérie française de Radio Alger. L’illusion, le péché suprême.
C’est un peu pour les mêmes raisons (il faut arrêter l’illusion) que Nora attaquait dans son petit livre les « libéraux », et d’abord la grande résistante Germaine Tillion et Camus lui-même qui avait déjà été tué par un arbre de la Nationale 7 ! Ce qui était bien sûr un peu injuste. Germaine Tillion était pied-noire et ethnologue et s’est toujours intéressée au sort des Arabes, essayant de les protéger. C’est elle qui a protesté contre la torture et fait nommer Mouloud Feraoun inspecteur aux Centres socio-éducatifs qu’elle dirigeait, des centres dont l’objectif était de scolariser tous les enfants algériens et réintégrer ceux qui avaient quitté le système scolaire (voir mon site Bloc-Notes 2012 : Mouloud Feraoun). Pas rancunière, elle a d’ailleurs répondu à Pierre Nora dès le mois de mai 1961 disant qu’elle était d’accord à 90% avec lui. Quant à Camus il ne pouvait plus lui répondre, à Nora. Je parle longuement de sa position sur le problème algérien dans une note de mon Voyage, au tome 1, intitulé Littérature méditerranéenne. J’y parlais de « son combat, entamé depuis fort longtemps, en faveur des Arabes et de leur intégration ». De son « long reportage sur la famine en Kabylie » en 1939. De ses articles dans Combat en 1945 « où il défend la dignité des Algériens (« Un peuple de grande dignité et de grandes vertus »), dénonce à nouveau la famine (qui sait cela aujourd’hui ?) et informe sur le malaise politique en Algérie ». Il admire Ferhat Abbas et soutient Mendès-France. Et, plus tard, dès 1958, il se bat contre la torture : « Les pratiques de torture sont des crimes et nous sommes tous solidaires. » « Que ces faits aient pu se produire parmi nous c’est une humiliation à quoi il faudra désormais faire face. ». Et encore : « Si on justifie ces méthodes, il n’y a plus de règle, ni de valeur, toutes les causes se valent. C’est le triomphe du Nihilisme. ». Ce qui montre bien que Camus était avant tout un humaniste. Et quand il dit : « Je crois à la justice mais je défendrai ma mère avant la justice » (au moment de recevoir le Nobel à Uppsala), cela montre aussi que c’est un homme sensible, pas qu’il est pour « l’Algérie française ».
Mais, de toute façon, pour en revenir à l'Etranger, Fitch a raison de dire que la lecture politique ne concerne pas l’essentiel du roman. « Elle se limite à l’étude d’aspects mineurs, mais non sans intérêt, de l’œuvre, à une dimension secondaire qui n’existe qu’à l’arrière-plan. Elle fournit donc du roman une interprétation nettement partielle », écrit-il. Il aurait également pu faire remarquer que les articles et livres qu'il cite et qui critiquent l'aspect politique caché du roman ont été écrits en pleine guerre d'Algérie ou après la guerre. Il me semble donc injuste et absurde de se baser sur ce qu'a révélé ce conflit pour critiquer un livre qui a été écrit en 1942 !
J’avais parlé du roman dans une autre note (datée de 1992) du premier tome de mon Voyage autour de ma Bibliothèque, à la suite d’un long hymne à l’amour pour la Méditerranée. Voir : C comme Camus (Albert). J’avais été fasciné, comme tous ceux qui le lisent pour la première fois par « l’étrangeté » de cet homme, « cet homme qui en même temps que le sens des choses, en arrive à perdre toute sensation. Tout lui est indifférent. Un homme de pierre », ai-je écrit. Et j’avais pensé à cette histoire que l’Allemand Ransmeyer avait contée dans un étrange livre consacré au monde des Métamorphoses d’Ovide revisité (voir : Christoph Ransmeyer : Die letzte Welt, Franz Greno, Nördlingen, 1988), l’histoire d’un « déluge où tous les hommes périssent. Puis lorsque l'eau se retire, il ne reste rien que des pierres dans la boue. Et sous l'effet du soleil, on voit tout à coup les pierres prendre forme humaine, s'étirer et se détacher, puis se lever pour créer une nouvelle race humaine, une race plus résistante, mais une race plus dure, une race d'hommes au cœur de pierre. Peut-être notre race d'aujourd'hui », avais-je écrit. Mais je ne suis pas certain que Meursault soit un homme dur. Simplement indifférent à tout. Et je ne crois pas non plus qu’on puisse dire de lui « qu’il a perdu toute sensation ». Au contraire, après l’avoir relu, je trouve qu’il est resté sensible aux plaisirs physiques, à l’eau de la mer sur son corps, au soleil sur son corps et au contact physique avec sa maîtresse. Il conserve une certaine sensualité. Celle de « l’homme du sud », celle de Camus lui-même.
« L'air vibre de chaleur dans cet étrange roman qu'est L'Etranger », avais-je aussi écrit. Et c’est aussi ce qui m’a frappé lors de ma dernière lecture. On dirait que le soleil est continuellement présent. C’est lui qui semble intervenir dans l’action. Depuis l’enterrement de sa mère jusqu’à la fin. Et, tout spécialement lors du point culminant, la scène du meurtre de l’Arabe. Le texte est magnifique. Je vais le citer en entier et finir là-dessus. Car, quand on l’a lu, tout commentaire devient superflu.
« Je l’ai accompagné (son ami Raymond) jusqu’au cabanon et, pendant qu’il gravissait l’escalier de bois, je suis resté devant la première marche, la tête retentissante de soleil, découragé devant l’effort qu’il fallait faire pour monter l’étage de bois et aborder encore les femmes. Mais la chaleur était telle qu’il m’était pénible aussi de rester immobile sous la pluie aveuglante qui tombait du ciel… Au bout d’un moment, je suis retourné vers la plage et je me suis mis à marcher.
C’était le même éclatement rouge. Sur le sable, la mer haletait de toute la respiration rapide et étouffée de ses petites vagues. Je marchais lentement vers les rochers et je sentais mon front se gonfler sous le soleil. Toute cette chaleur s’appuyait sur moi et s’opposait à mon avance. Et chaque fois que je sentais son grand souffle chaud sur mon visage, je serrais les dents, je fermais les poings dans les poches de mon pantalon, je me tendais tout entier pour triompher du soleil et de cette ivresse opaque qu’il me déversait. À chaque épée de lumière jaillie du sable, d’un coquillage blanchi ou d’un débris de verre, mes mâchoires se crispaient. J’ai marché longtemps.
Je voyais de loin la petite masse sombre du rocher entourée d’un halo aveuglant par la lumière et la poussière de mer. Je pensais à la source fraîche derrière le rocher. J’avais envie de re-trouver le murmure de son eau, envie de fuir le soleil, l’effort et les pleurs de femme, envie enfin de retrouver l’ombre et son repos. Mais quand j’ai été plus près, j’ai vu que le type de Raymond était revenu... Il reposait sur le dos, les mains sous la nuque, le front dans les ombres du rocher, tout le corps au soleil. Son bleu de chauffe fumait dans la chaleur…
Je devinais son regard par instants, entre ses paupières mi-closes. Mais le plus souvent, son image dansait devant mes yeux, dans l’air enflammé. Le bruit des vagues était encore plus paresseux, plus étale qu’à midi. C’était le même soleil, la même lumière sur le même sable qui se prolongeait ici. Il y avait déjà deux heures que la journée n’avançait plus, deux heures qu’elle avait jeté l’ancre dans un océan de métal bouillant. À l’horizon, un petit vapeur est passé et j’en ai deviné la tache noire au bord de mon regard, parce que je n’avais pas cessé de regarder l’Arabe.
J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J’ai fait quelques pas vers la source. L’Arabe n’a pas bougé. …Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l’air de rire. J’ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j’ai senti des gouttes de sueur s’amasser dans mes sourcils. C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d’un pas. Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d’un coup sur les paupières et les a recouvertes d’un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux… »
Post-scriptum (25/11/2025) : Après avoir relu l’Etranger et redécouvert cette œuvre tellement fascinante j’ai eu envie de revenir à Camus lui-même. Et tout-à-coup je me suis souvenu qu’il croyait que son père avait des origines alsaciennes. Et que c’est dans le premier Homme qu’il en parlait. Ce livre qu’il avait commencé à écrire à Lourmarin et dont on a trouvé le manuscrit largement inachevé dans une serviette à soufflets maculée de boue à côté de la Véga écrasée de Michel Gallimard où Camus a trouvé la mort, sur la Nationale 7 (la route du Soleil !), le 4 janvier 1960.
Voilà ce qu’il écrit dans ce roman publié en l’état par Gallimard dans les Cahiers Albert Camus (N° 7) en 1994, à la page 63, quand le héros du roman qui s’appelle Henri Cormery (le nom de famille de la grand-mère paternelle de Camus) interroge sa mère sur les origines de son père :
Ses parents avaient une ferme ?
Oui, répond sa mère. C’étaient des Alsaciens.
Et plus loin, page 68, on lit que pour sa mère :
La France était un lieu obscur perdu dans une nuit indécise… où enfin se trouvait une région appelée l’Alsace dont venaient les parents de son mari qui avaient fui, il y avait longtemps de cela, devant des ennemis appelés Allemands pour s’installer en Algérie, région qu’il fallait reprendre aux mêmes ennemis ; lesquels avaient toujours été méchants et cruels.
Camus a toujours cru que sa famille venait d’Alsace. On a découvert récemment qu’il n’en était rien. Peut-on lire dans l’Album Camus de la Pléiade publié en 1982.
Et c’est l’Américain Lottman, dans sa magnifique biographie littéraire, qui rétablit la vérité (voir : Herbert R. Lottman : Albert Camus, Seuil, 1978) : L’arrière-grand-père paternel est né en 1809 à Bordeaux et s’appelait Claude Camus. Il a fait partie des premiers immigrants et s’était établi à Ouled Fayet, pas très loin d’Alger. Son grand-père Baptiste Jules Marius Camus était illettré (à cause de l’absence d’écoles dans la nouvelle colonie). Quant à sa grand-mère paternelle qui s’appelait Marie-Hortense Cormery elle était également d’Ouled Fayet et sa famille était originaire de l’Ardèche.
Et puis je n’ai pas pu m’empêcher de la relire également, cette œuvre inachevée, cette première partie qu’il n’avait même pas relue ou du moins corrigée et j’ai éprouvé à nouveau un immense regret qu’Albert Camus soit mort si jeune et de manière si « absurde » car il était bien un véritable écrivain (plutôt que ce philosophe que méprisait Sartre). Le début du Premier Homme est superbe. Le couple attendu à la gare de Bône par un Arabe sur une « carriole ». Le père sur la banquette avant prend les rênes des mains de l’Arabe pour aller plus vite (tu connais les chevaux, dit l’Arabe). La mère à l’arrière dans les douleurs annonçant l’accouchement. « Quelque chose sur ce visage frappait. Ce n’était pas seulement une sorte de masque que la fatigue ou n’importe quoi de semblable écrivait provisoirement sur ses traits, non plutôt un air d’absence et de douce distraction, comme en portent perpétuellement certains innocents, mais qui ici affleurait fugitivement sur la beauté des traits » (on a dit que quelque chose dans le caractère de sa mère, l’Espagnole illettrée, avait inspiré Camus dans le portrait de l’Etranger : elle ne parlait pas, ne souriait pas, peut-être n’avait-elle jamais surmonté le choc de la mort de son mari à la grande guerre. Camus n’avait même pas un an). Quand ils arrivent à la maison qui leur est destinée (le père aura le poste de régisseur d’un domaine viticole), la nuit est tombée, la masure froide et humide et les douleurs de la femme augmentent. L’Arabe entre, « marcha droit dans l’obscurité vers la cheminée et, grattant un tison, vint allumer une lampe à pétrole qui pendait au milieu de la pièce, au-dessus d’une table ronde ». Puis l’homme porte la femme à l’intérieur, l’Arabe allume le feu, les deux vont chercher des matelas à l’étage, on couche la femme devant le feu, elle crie encore « longuement, à pleine bouche, comme si elle avait voulu se délivrer d’un coup de tous les cris que la douleur avait accumulés en elle ». L’homme demande à l’Arabe de dételer les chevaux, puis monte un cheval à cru et fonce vers le village pour chercher un docteur. Quant à l’Arabe il va chercher la femme de son fils. Lorsque l’homme et le docteur sont de retour, « un grand feu de sarments flambait devant eux dans la cheminée et illuminait la pièce… ». « Plus besoin de vous, docteur, ça s’est fait tout seul », dit la femme arabe. Le docteur n’a plus qu’à s’occuper du cordon ombilical. Alors l’homme sort. « Sous la vigne, l’Arabe, toujours couvert de son sac, attendait ». Et offre un bout de son sac à l’Européen pour s’abriter. « Il sentait l’épaule du vieil Arabe et l’odeur de fumée qui se dégageait de ses vêtements, et la pluie qui tombait sur le sac au-dessus de leurs têtes. C’est un garçon, dit-il sans regarder son compagnon - Dieu soit loué, répondit l’Arabe. Tu es un chef ». Plus tard encore l’homme « étendu, en caleçon long et tricot de corps, sur un second matelas près de sa femme, regardait les flammes danser au plafond. La pièce était maintenant à peu près rangée. De l’autre côté de sa femme, dans une corbeille à linge, l’enfant reposait sans bruit, sauf parfois de faibles gargouillis. Sa femme dormait aussi, le visage tourné vers lui, la bouche ouverte. La pluie s’était arrêtée. Le lendemain, il faudrait se mettre au travail. Près de lui, la main déjà usée, presque ligneuse de sa femme lui parlait aussi de ce travail. Il avança la sienne, la posa doucement sur celle de la malade et, en se renversant en arrière, ferma les yeux ».
Voilà. C’était la Natalité selon Camus. Où le petit Jésus c’est lui…
Il y a encore un autre passage du livre qui m’a frappé. L’un des buts du livre est de rendre un hommage à ce père qu’il n’a jamais connu et qui est mort si jeune. Dès le début de la guerre, le 11 octobre 1914. Dans le roman le fils trouve la tombe de son père à Saint Brieuc. « C’est à ce moment qu’il lut sur la tombe la date de naissance de son père, dont il découvrit à cette occasion qu’il l’ignorait. Puis il lut les deux dates, « 1885-1914 » et fit un calcul machinal : vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui ».
Mais ce qu’il voudrait surtout, c’est le connaître, son père. Qui était-il vraiment ? Et qu’avait-il de commun, lui le fils, avec ce père inconnu ? Il savait que son père avait déjà été appelé à faire la guerre. La guerre au Maroc. Dans les zouaves. En 1905, quand il avait vingt ans. Et là un coup de chance : son ancien Directeur d’école avait été appelé en même temps que lui. Et se souvenait. Voici ce passage que je voulais encore évoquer pour vous :
« C’était la nuit, après une journée torride, dans ce coin de l’Atlas où le détachement campait au sommet d’une petite colline gardée par un défilé rocheux. Cormery (le nom que porte son père dans le livre) et Levesque (nom donné au Directeur d’école) devaient relever la sentinelle au bas du défilé. Personne n’avait répondu à leurs appels. Et au pied d’une haie de figuiers de Barbarie, ils avaient trouvé leur camarade, la tête tournée vers la lune. Et d’abord ils n’avaient pas reconnu sa tête qui avait une forme étrange. Mais c’était tout simple. Il avait été égorgé et, dans sa bouche, cette boursouflure livide était son sexe entier. C’est alors qu’ils avaient vu le corps aux jambes écartées, le pantalon de zouave fendu et, au milieu de la fente, dans le reflet cette fois indirect de la lune, cette flaque marécageuse. A cent mètres plus loin, derrière un gros rocher cette fois, la deuxième sentinelle avait été présentée de la même façon. L’alarme avait été donnée, les postes doublés. A l’aube, quand ils étaient remontés au camp, Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des hommes. Levesque, qui réfléchissait, avait répondu que, pour eux, c’était ainsi que devaient agir des hommes, qu’on était chez eux, et qu’ils usaient de tous les moyens. Cormery avait pris son air buté. « Peut-être. Mais ils ont tort. Un homme ne fait pas ça ». Levesque avait dit que pour eux, dans certaines circonstances, un homme doit tout se permettre. Mais Cormery avait crié comme pris de folie furieuse : « Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… ». Et puis il s’était calmé. « Moi, avait-il dit d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche. – Il y a des Français qui ne s’empêchent pas, avait dit Levesque. – Alors, eux non plus, ce ne sont pas des hommes ».
Alors Albert Camus pense qu’il sait au moins une chose de son père : c’est un homme qui s’empêche… Et c’est ainsi qu’il se trouve en lui.
Voilà ce qu’il écrit dans ce roman publié en l’état par Gallimard dans les Cahiers Albert Camus (N° 7) en 1994, à la page 63, quand le héros du roman qui s’appelle Henri Cormery (le nom de famille de la grand-mère paternelle de Camus) interroge sa mère sur les origines de son père :
Ses parents avaient une ferme ?
Oui, répond sa mère. C’étaient des Alsaciens.
Et plus loin, page 68, on lit que pour sa mère :
La France était un lieu obscur perdu dans une nuit indécise… où enfin se trouvait une région appelée l’Alsace dont venaient les parents de son mari qui avaient fui, il y avait longtemps de cela, devant des ennemis appelés Allemands pour s’installer en Algérie, région qu’il fallait reprendre aux mêmes ennemis ; lesquels avaient toujours été méchants et cruels.
Camus a toujours cru que sa famille venait d’Alsace. On a découvert récemment qu’il n’en était rien. Peut-on lire dans l’Album Camus de la Pléiade publié en 1982.
Et c’est l’Américain Lottman, dans sa magnifique biographie littéraire, qui rétablit la vérité (voir : Herbert R. Lottman : Albert Camus, Seuil, 1978) : L’arrière-grand-père paternel est né en 1809 à Bordeaux et s’appelait Claude Camus. Il a fait partie des premiers immigrants et s’était établi à Ouled Fayet, pas très loin d’Alger. Son grand-père Baptiste Jules Marius Camus était illettré (à cause de l’absence d’écoles dans la nouvelle colonie). Quant à sa grand-mère paternelle qui s’appelait Marie-Hortense Cormery elle était également d’Ouled Fayet et sa famille était originaire de l’Ardèche.
Et puis je n’ai pas pu m’empêcher de la relire également, cette œuvre inachevée, cette première partie qu’il n’avait même pas relue ou du moins corrigée et j’ai éprouvé à nouveau un immense regret qu’Albert Camus soit mort si jeune et de manière si « absurde » car il était bien un véritable écrivain (plutôt que ce philosophe que méprisait Sartre). Le début du Premier Homme est superbe. Le couple attendu à la gare de Bône par un Arabe sur une « carriole ». Le père sur la banquette avant prend les rênes des mains de l’Arabe pour aller plus vite (tu connais les chevaux, dit l’Arabe). La mère à l’arrière dans les douleurs annonçant l’accouchement. « Quelque chose sur ce visage frappait. Ce n’était pas seulement une sorte de masque que la fatigue ou n’importe quoi de semblable écrivait provisoirement sur ses traits, non plutôt un air d’absence et de douce distraction, comme en portent perpétuellement certains innocents, mais qui ici affleurait fugitivement sur la beauté des traits » (on a dit que quelque chose dans le caractère de sa mère, l’Espagnole illettrée, avait inspiré Camus dans le portrait de l’Etranger : elle ne parlait pas, ne souriait pas, peut-être n’avait-elle jamais surmonté le choc de la mort de son mari à la grande guerre. Camus n’avait même pas un an). Quand ils arrivent à la maison qui leur est destinée (le père aura le poste de régisseur d’un domaine viticole), la nuit est tombée, la masure froide et humide et les douleurs de la femme augmentent. L’Arabe entre, « marcha droit dans l’obscurité vers la cheminée et, grattant un tison, vint allumer une lampe à pétrole qui pendait au milieu de la pièce, au-dessus d’une table ronde ». Puis l’homme porte la femme à l’intérieur, l’Arabe allume le feu, les deux vont chercher des matelas à l’étage, on couche la femme devant le feu, elle crie encore « longuement, à pleine bouche, comme si elle avait voulu se délivrer d’un coup de tous les cris que la douleur avait accumulés en elle ». L’homme demande à l’Arabe de dételer les chevaux, puis monte un cheval à cru et fonce vers le village pour chercher un docteur. Quant à l’Arabe il va chercher la femme de son fils. Lorsque l’homme et le docteur sont de retour, « un grand feu de sarments flambait devant eux dans la cheminée et illuminait la pièce… ». « Plus besoin de vous, docteur, ça s’est fait tout seul », dit la femme arabe. Le docteur n’a plus qu’à s’occuper du cordon ombilical. Alors l’homme sort. « Sous la vigne, l’Arabe, toujours couvert de son sac, attendait ». Et offre un bout de son sac à l’Européen pour s’abriter. « Il sentait l’épaule du vieil Arabe et l’odeur de fumée qui se dégageait de ses vêtements, et la pluie qui tombait sur le sac au-dessus de leurs têtes. C’est un garçon, dit-il sans regarder son compagnon - Dieu soit loué, répondit l’Arabe. Tu es un chef ». Plus tard encore l’homme « étendu, en caleçon long et tricot de corps, sur un second matelas près de sa femme, regardait les flammes danser au plafond. La pièce était maintenant à peu près rangée. De l’autre côté de sa femme, dans une corbeille à linge, l’enfant reposait sans bruit, sauf parfois de faibles gargouillis. Sa femme dormait aussi, le visage tourné vers lui, la bouche ouverte. La pluie s’était arrêtée. Le lendemain, il faudrait se mettre au travail. Près de lui, la main déjà usée, presque ligneuse de sa femme lui parlait aussi de ce travail. Il avança la sienne, la posa doucement sur celle de la malade et, en se renversant en arrière, ferma les yeux ».
Voilà. C’était la Natalité selon Camus. Où le petit Jésus c’est lui…
Il y a encore un autre passage du livre qui m’a frappé. L’un des buts du livre est de rendre un hommage à ce père qu’il n’a jamais connu et qui est mort si jeune. Dès le début de la guerre, le 11 octobre 1914. Dans le roman le fils trouve la tombe de son père à Saint Brieuc. « C’est à ce moment qu’il lut sur la tombe la date de naissance de son père, dont il découvrit à cette occasion qu’il l’ignorait. Puis il lut les deux dates, « 1885-1914 » et fit un calcul machinal : vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui ».
Mais ce qu’il voudrait surtout, c’est le connaître, son père. Qui était-il vraiment ? Et qu’avait-il de commun, lui le fils, avec ce père inconnu ? Il savait que son père avait déjà été appelé à faire la guerre. La guerre au Maroc. Dans les zouaves. En 1905, quand il avait vingt ans. Et là un coup de chance : son ancien Directeur d’école avait été appelé en même temps que lui. Et se souvenait. Voici ce passage que je voulais encore évoquer pour vous :
« C’était la nuit, après une journée torride, dans ce coin de l’Atlas où le détachement campait au sommet d’une petite colline gardée par un défilé rocheux. Cormery (le nom que porte son père dans le livre) et Levesque (nom donné au Directeur d’école) devaient relever la sentinelle au bas du défilé. Personne n’avait répondu à leurs appels. Et au pied d’une haie de figuiers de Barbarie, ils avaient trouvé leur camarade, la tête tournée vers la lune. Et d’abord ils n’avaient pas reconnu sa tête qui avait une forme étrange. Mais c’était tout simple. Il avait été égorgé et, dans sa bouche, cette boursouflure livide était son sexe entier. C’est alors qu’ils avaient vu le corps aux jambes écartées, le pantalon de zouave fendu et, au milieu de la fente, dans le reflet cette fois indirect de la lune, cette flaque marécageuse. A cent mètres plus loin, derrière un gros rocher cette fois, la deuxième sentinelle avait été présentée de la même façon. L’alarme avait été donnée, les postes doublés. A l’aube, quand ils étaient remontés au camp, Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des hommes. Levesque, qui réfléchissait, avait répondu que, pour eux, c’était ainsi que devaient agir des hommes, qu’on était chez eux, et qu’ils usaient de tous les moyens. Cormery avait pris son air buté. « Peut-être. Mais ils ont tort. Un homme ne fait pas ça ». Levesque avait dit que pour eux, dans certaines circonstances, un homme doit tout se permettre. Mais Cormery avait crié comme pris de folie furieuse : « Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… ». Et puis il s’était calmé. « Moi, avait-il dit d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche. – Il y a des Français qui ne s’empêchent pas, avait dit Levesque. – Alors, eux non plus, ce ne sont pas des hommes ».
Alors Albert Camus pense qu’il sait au moins une chose de son père : c’est un homme qui s’empêche… Et c’est ainsi qu’il se trouve en lui.