26/01/2016     (imprimer)

La boussole qui montrait l'orient

(A propos de Boussole de Mathias Enard, Actes Sud, 2015)


Cela fait maintenant deux ans qu’il n’y a plus de librairie dans cette bonne ville de Cannes. A moins que l’on considère que la FNAC soit encore une librairie. En tout cas cela ne semble guère gêner les Cannois. Y a-t-il un lien avec le fait qu’ils votent à 40% pour le FN ? Je ne sais pas.
Alors j’ai été très content de voir qu’il existait encore un libraire à Juan-les-Pins. Un vrai m’a-t-il semblé. A première vue. Puisque tous les livres exposés dans une de ses vitrines étaient munis d’un petit papier manuscrit où le propriétaire du magasin donnait son avis. Chouette, me suis-je dit, d’autant plus que mon libraire préféré à Luxembourg se contente de poser des petits papiers sur quelques bouquins : « Coup de cœur » ou « à découvrir » ! Ce qui m’énerve prodigieusement. Alors j’ai commencé à les lire. Et j’ai trouvé que ses jugements sur le dernier Yasmina Khadra et sur la production annuelle de notre bien-aimée stakhanoviste belge étaient tout à fait mesurés, équilibrés entre louange et critique. Et puis je commence à lire le petit papier consacré à Boussole, le dernier Goncourt. Et je lis ceci : « si vous avez lu 100 pages c’est que vous êtes très motivé. A 200 pages c’est que vous êtes un accroc de la lecture. Si vous le finissez c’est que vous êtes un dieu de la littérature ou bien maso et vous devez bien vous ennuyer en ce moment. Moi ? Heu, 50 pages… ». Alors j’ai commencé à rigoler en pleine rue car je venais d’en commencer la lecture et j’avais tout de suite été un peu énervé par ce qui me semblait à première vue un étalage d’érudition.
Au départ il s’agit d’ailleurs plutôt d’une érudition de musicologie. Moi cela me laisse plutôt froid. Ce qui n’est pas le cas de mon frère Bernard qui a beaucoup aimé le livre et qui me dit : d’ailleurs je suis moi-même un peu musicologue. OK, OK. D’ailleurs, comme le héros du livre est censé être un musicologue lui-même, au fond, tout ceci est tout-à-fait normal. Rien à dire. Quant à l’autre érudition, celle qui porte sur les rapports entre la culture arabo-persane, ou l’Orient en général, et l’Europe, sur les œuvres de l'Âge d’Or arabo-persan, sur l’écrivain Hedayât, etc. elle devrait plutôt me plaire puisque ce sont des domaines que j’ai moi-même beaucoup étudiés et qui m’ont passionné (c’est ce qu’Annie qui a lu le livre avant moi a tout de suite pensé : cela devrait te plaire ! m’a-t-elle dit).
Alors qu’est-ce qui me gênait dans tout cela ? N’était-il pas logique de parler d’orientalisme en général puisque la trame au moins apparente du livre est, pour simplifier, une histoire d’amour malheureuse entre Orientalistes ? Ou du moins l’histoire, grosso modo, d’une nuit pénible, insomniaque, d’un musicologue viennois qui est malade, peut-être condamné à mourir, et qui se souvient de tous les moments qu’il a passés avec une Orientaliste française, à Vienne même, mais surtout en Turquie, en Syrie et en Iran, une Orientaliste dont il est éperdument amoureux (sans être vraiment payé de retour, sinon une seule nuit, peut-être rêvée), une Orientaliste très érudite, une universitaire au talent reconnu, un peu fêlée d’ailleurs, et avec laquelle, forcément, il parle de choses d’Orient.
Là je m’arrête un moment. Pour dire, tout de suite, que j’ai malgré tout aimé ce livre et, ensuite, que ce qui le sauve surtout ce sont les scènes très émouvantes et pleines de nostalgie qui y sont évoquées. Comme cette nuit passée à la belle étoile, dans la citadelle de Fakhr ed-Din (page 127), couché à côté de la belle Sarah, l’Orientaliste, dont il frôle le dos, et au pied du grand arc aujourd’hui détruit de Palmyre. Détruit comme le reste, comme le Temple de Baal, comme toutes ces merveilles irremplaçables. Et que moi-même, qui ai pourtant beaucoup voyagé dans tous ces pays-là, je regrette amèrement n’avoir jamais connues.
Ou celle d’un séjour à Alep (pages 108 et suivantes), dans le vieil hôtel Baron si chargé d’histoire (Sarah est sur les traces de la fameuse aventurière, la Suissesse Anne-Marie Schwarzenbach) et puis il pense à tout ce qui s’est passé depuis : « j’imagine les volets fermés, criblés d’éclats ; la rue parcourue en trombe par des soldats, les civils qui se cachent, autant que possible, des snipers et des tortionnaires ; Bab el-Faraj en ruine, la place jonchée de débris ; les souks incendiés, leurs beaux khans noircis et effondrés par endroits ; la mosquée des Omeyades sans son minaret dont les pierres gisent éparses dans la cour aux marbres brisés et l’odeur, l’odeur de la bêtise et de la tristesse, partout… ».
Ou ces autres séjours encore, dans l’Iran de Khomeiny, et le souvenir des pauvres intellectuels persans qui essayent de survivre (même en fabriquant du vin frelaté dans leurs caves) dans leur prison mentale, mais aussi d’autres séances mémorables, qu’on pourrait appeler de résilience, où un jeune chanteur accompagné de musiciens chante des quatrains de Khayam dans l’appartement privé d’un médecin à Téhéran. Enard en cite à plusieurs reprises, de ces quatrains, pas toujours bien choisis m’a-t-il semblé. Lors de cette séance chez le médecin de Téhéran il aurait pu citer celui-ci qui aurait bien convenu à l’atmosphère du moment :

« O mufti ! Je suis plus ingénieux que toi
Et plus sobre, tout ivre que je suis
Tu bois le sang des hommes et moi celui de la vigne.
Sois juste: qui de nous deux est le plus sanguinaire ? »

 

C’est une nostalgie douloureuse qui imprègne tous ces souvenirs romancés et qui correspondent très probablement aux souvenirs réels de l’écrivain, Mathias Enard, qui a fait les Langues’O, a vécu dans ces pays, parle le persan et l’arabe qu’il enseigne d’ailleurs aujourd’hui dans une Université espagnole. Et ce sentiment de nostalgie est rendu plus douloureux encore pour nous lecteurs d’aujourd’hui, quand l’actualité nous fait assister presque quotidiennement à tous ces évènements barbares qui n’arrêtent pas de se dérouler en ces lieux malheureux. Ainsi il y a quelques jours seulement, ce titre : En Syrie, l’Etat islamique à la conquête de Deir ez-Zor (Le Monde du 19/01/2016) m’interpelle : car c’est justement dans cette région que les deux héros du livre, le musicologue et la belle Orientaliste, errent en compagnie d’un archéologue à la recherche d’un ancien site perdu : « autour de nous on ne distinguait que des kilomètres de poussière mate sous un ciel laiteux – nous étions entre Palmyre et Deir ez-Zor, sur l’interminable route qui relie la cité antique la plus fameuse de Syrie à l’Euphrate aux roseaux impénétrables… » (page 124).


Alors, qu’est-ce qui m’a vraiment gêné, au fait ? C’est que lors d’une première lecture j’ai eu l’impression qu’on citait des noms comme ça en passant sans s’appesantir dessus, comme si tout le monde savait qui est Gorgâni, qui est Ferdousi, qui est Nizâmî, etc. Quel est le pourcentage des lecteurs de ce roman, prix Goncourt, me suis-je dit, qui les connaissent ? Alors qu’on a si peu fait pour nous faire connaître les splendeurs de l’Âge d’Or arabo-persan ? Oui, mais, me direz-vous, puisque ce roman ne met en scène que des Orientalistes, tous Universitaires, n’est-il pas normal de ne pas donner la moindre explication, puisqu’ils sont tous censés savoir exactement de qui et de quoi il s’agit ? Alors, toutes ces citations ne seraient là que pour la couleur locale ? Comme des clins d’œil entre connaisseurs ? Je ne puis m’y résoudre. Si déjà le nom de Wîs et Râmîn est cité ne faudrait-il pas rappeler que quand cette œuvre de Gorgâni, créée à Ispahan au milieu du XIème siècle, a été traduite pour la première fois dans une langue occidentale, elle a fait sensation à cause des analogies évidentes avec notre Tristan et Yseult ! Car le sujet du roman d’Enard est aussi, me suis-je dit, l’histoire de la rencontre entre l’Occident et l’Orient et leurs influences réciproques, une rencontre qui est réelle et qui contredit la fameuse phrase attribuée à Kipling : East will never meet West (à moins que ce ne soit le contraire). De même lorsque le roman cite brièvement le « Français » Jules Mohl (en fait il est allemand et est venu en France pour travailler auprès des Orientalistes français célèbres de l’époque, Sylvestre de Sacy et Abel Rémusat) et qu’on dit simplement qu’il a été chargé de traduire le Livre des Rois, je bous intérieurement. Parce qu’on ne parle pas comme cela d’un tel chef d’œuvre, si mal connu, alors qu’il vaut bien les grands poèmes épiques d’Homère et que ce Shah-Nameh a été l’œuvre de sa vie pour Ferdousi comme sa traduction a été l’œuvre de sa vie pour Jules Mohl (jusqu’à sa mort en 1876) !
Et puis j’ai tout relu depuis le début. Et constaté que j’étais peut-être injuste avec Mathias Enard. Je n’ai pas retrouvé la citation de Jules Mohl mais j’ai constaté que lorsqu’il cite le roman de Gorgâni il en parle de cet étrange rapport avec l’histoire d’Iseult, mais si discrètement, et bien plus loin, à propos du Tristan et Iseult de Wagner ! A la page 195 le musicologue rêve que sa mère l’interpelle à propos de son amour malheureux pour l’Orientaliste : « Mon pauvre Franz, tu te berces toujours d’illusions… un rêveur, mon pauvre petit. Pourtant tu as lu Tristan et Iseult, Vis et Ramin, Majnoun et Leyla, il y a des forces à vaincre, et la vie est très longue parfois… ». Et ce n’est qu’à la page 236 qu’il y revient à propos de Wagner : « La seule grande œuvre audible de Wagner c’est Tristan et Isolde, car c’est la seule qui ne soit pas atrocement allemande ou chrétienne. Une légende celte ou d’origine iranienne, ou inventée par un auteur médiéval inconnu, qu’importe. Mais il y a Vis et Ramin dans Tristan et Iseult. Il y a la passion de Majnoun le Fou pour Leyla, la passion de Khosrow pour Shirin… ». Je dis que c’est là un clin d’œil pour initiés mais qui laisse tous les autres sur leur faim. Car il y a énormément à dire sur tout ceci. A dire, à découvrir et à méditer. J’en parle longuement dans ma note sur L’Age d’Or arabo-persan au tome 2 de mon Voyage. D’abord de la très grande analogie entre Tristan et Iseult et Wîs et Râmîn et du possible lien entre les deux :
« Alors quel lien entre les deux histoires? Il paraît que récemment un certain Pierre Gallais aurait défendu l’origine orientale de Tristan et Yseut. Difficile pourtant de défendre une telle thèse. Le roman de Gorgâni date du milieu du XIème siècle et la première version, perdue, de Tristan du milieu du XIIème, à peine cent ans plus tard. Un peu court pour expliquer un transfert. Pour Tristan les spécialistes pensent qu’il y a un précédent gallois du IXème siècle. Gorgâni lui-même parlait d’une version plus ancienne en Iran. Alors faut-il chercher une origine aryenne commune? Difficile à croire. Les peuples celtes et aryens ont dû se séparer dans la nuit des temps. Mystère. Mystère de l’histoire humaine ou mystère de l’âme humaine. Un de plus… ».


Et puis il me paraissait intéressant de comparer toutes ces histoires de passions amoureuses arabo-persanes dont Enard fait un joyeux mélange. Voici ce que j’écrivais :
« Amour-passion des sens dans Wîs et Râmîn (milieu du XIème siècle), amour déjà romantique et qui doit mûrir (l’homme Khosroès surtout) avant de prétendre à l’accomplissement sexuel dans Khosroès et Chîrîn (fin XIIème), amour complètement platonique dans Majnûn (le platonique est arabe, l’avatar mystique de cet amour est persan) qui, dans sa version Nizâmi, date de la même époque et amour également très romantique et courtois dans le Roman d’Antar que la tradition attribue à un poète du IXème siècle mais qui n’a été fixé par écrit qu’au XIIème siècle également. Comment interpréter tout ceci ? ». Et puis je racontais que j’avais découvert l’étude de l’Allemande Brigitte Musche qui avait paru à Leyden en 1999 sous le titre : Die Liebe in der altorientalischen Dichtung et que j’avais résumée de la manière suivante :
« Brigitte Musche essaye de suivre l’évolution des relations entre sexes depuis la plus haute antiquité (la période sumérienne) jusqu’à l’époque sassanide : amour sauvage et viol des femmes dans Gilgamesh (encore qu’on y trouve la fameuse histoire de la putain qui déniaise l’homme sauvage qui en devient intelligent mais perd le contact avec les animaux), premiers éléments romantiques lors de la période assyrienne et babylonienne (Sémiramis, Reine de Saba, Cantiques de Salomon) et influence égyptienne où l’amour est déjà très romantique (puissance de l’amour, chagrin d’amour, intervention de la magie), développement de l’individualisme à l’époque achéménide contemporaine de l’époque grecque classique et donc en même temps individualisation du couple, puis époque grecque plus tardive, conquête d’Alexandre et dynasties parthes (c’est l’époque d’Amor et Psyché, de Jason et Médée, de Philémon et Baucis, etc.), enfin vient l’époque sassanide (de 225 à 650, jusqu’à la conquête musulmane). Or ce qui est intéressant, et c’est ce que Brigitte Musche met en valeur, c’est cette influence bédouine qui existe déjà avant l’avènement de l’Islam à la cour sassanide et qui est très nettement une nouvelle forme d’amour, un amour idéalisé qui se démarque de l’amour citadin beaucoup plus réaliste avec lequel il coexiste. Et pour Musche il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est cette forme d’amour idéalisé qui est à l’origine de l’amour courtois d’Europe. » Ah, voilà qui est intéressant, non ? Et qui entre bien, me semble-t-il, dans le projet de Mathias Enard : montrer qu’il y a toujours eu interaction, dans les deux sens entre l’Orient et l’Occident.
Et puis la Musche continuait : « C’est l’Espagne et la Provence qui ont transmis ces conceptions par l’intermédiaire des troubadours aux cours européennes du XIème siècle. Il a pourtant fallu des siècles, dit Brigitte Musche, avant que l’amour romantique, avec ses aspects psychiques et émotionnels, soit devenu l’idéal même du bonheur ».
Quant à moi je m’interrogeais sur ce mystère de l’amour bédouin : « Reste ce mystère de l’amour bédouin. Musche cite l’explication d’un auteur arabe : à la saison sèche les tribus campaient souvent ensemble aux mêmes pâturages. Les jeunes gens se rencontraient et nouaient des relations forcément rompues lorsqu’à la saison humide les tribus se séparaient à nouveau. L’amour ne pouvait aller à son terme. Les moeurs, les règles sociales l’en empêchaient. La séparation était vécue comme quelque chose de fatal et l’amour comme une souffrance qu’il fallait idéaliser. Peut-être est-ce là l’explication. Je n’en ai pas d’autre. Mais on peut aussi se demander si cette façon si irréaliste de voir la femme n’est pas à l’origine de ce qui allait devenir plus tard la conception de la femme dans l’Islam ». Et nous voilà revenus à des problèmes bien connus et bien actuels. Ma note datait pourtant de 2002 !


Avant de quitter ce domaine des amours-passions de l’âge d’or arabo-persan il y a encore un autre mystère que je n’ai pas réussi à percer et dont je n’ai pas trouvé trace chez Enard. Il y a un personnage qui fait de multiples apparitions dans le roman c’est l’Orientaliste autrichien du XIXème siècle Joseph Hammer devenu von Hammer-Purgstall après avoir hérité du château des Purgstall et être annobli : on le voit chez Goethe (c’est lui qui a traduit Hafez), il est ami de musiciens, de Balzac, de je ne sais qui encore, les héros du roman visitent son château, etc. Mais aucune allusion à son lien avec Antar. Or moi j’ai une soi-disant traduction du Roman d’Antar faite en français par Hammer-Purgstall (édité par l’orientaliste Poujoulat chez Amyot en 1866-67 en 4 volumes) et Poujoulat raconte que l’on trouve à la Bibliothèque Impériale de Vienne des manuscrits du Roman d’Antar rapportés par Hammer du Caire en 1802 et qu’il s’agirait de 33 volumes in-folio contenant 4000 pages. Si ces manuscrits existent pourquoi n’ont-ils jamais été traduits ? Ma traduction est certainement incomplète et s’arrête au mariage d’Antar. « On y trouve une peinture fidèle de la vie de ces Arabes du désert... », avait écrit Caussin de Perceval, « Leur hospitalité, leurs vengeances, leurs amours, leur libéralité, leur ardeur pour le pillage, leur goût naturel pour la poésie, tout y est décrit avec vérité... Un style élégant et varié, s’élevant quelquefois jusqu’au sublime; des caractères tracés avec force et soutenus avec art, rendent cet ouvrage éminemment remarquable; c’est pour ainsi dire l’Iliade des Arabes.» « L’Iliade c’est peut-être un peu exagéré », ai-je commenté. « Il n’empêche que j’ai été moi aussi tout de suite charmé par cette histoire et que je l’ai fait lire à Annie qui l’a trouvée délicieuse. Lamartine lui-même a admiré la scène de la mort d’Antar qui, touché par une flèche traîtreusement empoisonnée, reste assis sur son cheval, appuyé sur sa lance, et par la terreur qu’il inspire encore à ses adversaires, assure la retraite de sa tribu. ». Alors ? Si jamais Monsieur Mathias Enard me lisait, lui qui avait à sa disposition la librairie des Langues’O et qui a certainement fouillé toutes les Bibliothèques de Vienne pour son roman, il pourrait peut-être me donner la solution à cette énigme ?


Il arrive aussi, parfois, que Mathias Enard traite certains thèmes un peu plus longuement. Comme il le fait pour l’écrivain persan du XXème siècle, Sadegh Hedayât, utilisant le prétexte d’une thèse sur l’écrivain qu’aurait présentée l’amie orientaliste à la Sorbonne (page 9. Et il y revient encore plus loin, page 269). J’ai beaucoup d’estime pour cet écrivain et je l’évoque aussi au tome 2 de mon Voyage dans une note intitulée Littérature persane moderne. Si j’en parle c’est que lui aussi est peut-être à nouveau d’actualité. Car s’il a été tellement désespéré, à son époque, par la situation de son pays, au point de se suicider au gaz un soir d’avril 1951 dans sa chambre parisienne, on peut se demander comment il aurait réagi à l’installation de la République islamique de Khomeini ! Dans le prologue à la soi-disant thèse sur Hedayât qu’Enard reproduit dans son roman on explique son suicide essentiellement par son pessimisme existentiel et son attirance pour la mort et peut-être la folie (particulièrement évidente, c’est moi qui le dit, dans ce petit chef d’oeuvre qu’est la Chouette aveugle). Mais il y a autre chose. Il faut y ajouter, ai-je écrit, un pessimisme social et politique. Je n’ai pas l’impression que Mathias Enard connaît la biographie que son ami Farzaneh a consacrée à Hedayat (M. F. Farzaneh : Rencontres avec Sadegh Hedayat, le parcours d’une initiation). « Un témoignage passionnant », ai-je écrit, « car Farzaneh a commencé à fréquenter Hedayat quand il était encore étudiant, a passé de nombreuses journées avec lui dans les cafés de Téhéran, dans la chambre que Hedayat avait conservée dans sa maison familiale, en sorties à la campagne et enfin à Paris pendant les six mois qui ont précédé son suicide. Le portrait qui s’en dégage est celui d’un homme extrêmement attachant, très ouvert à la littérature et à la culture européennes, et en même temps très attaché à son pays et à son passé et déchiré de voir dans quel état il se trouve :

 Nous avons un pays de chiotte
et nous dedans
comme Hussein à Kerbala »

Et puis pour revenir à l’Iran d’aujourd’hui, Hedayât avait déjà la haine des mollahs ! Une haine terrible. « On peut la déceler partout dans ses nouvelles », avais-je écrit, « p. ex. celles rassemblées sous le titre Les Trois Gouttes de Sang, dont certaines sont très belles sur le plan littéraire, les nouvelles fantastiques comme celle qui sert de titre au recueil ou les nouvelles qui sont une réflexion sur le malheur comme la terrible histoire du Chien Errant. D'autres encore sont de véritables études de moeurs à la Maupassant. C’est dans ces dernières que l’on trouve les critiques les plus virulentes. Dans l’Intermédiaire le mollah Mirzâ Yadollâh regrette l’éducation du peuple : « Tant que ces gens resteront des ânes nous les monterons ». Dans la Quête d’Absolution les pèlerins de Kerbala sont des criminels (une femme pour se venger de sa rivale tue successivement ses deux fils nouveau-nés en plongeant une aiguille à tricoter dans leur fontanelle, un cocher qui, profitant d’un accident de sa voiture de poste, étrangle le passager riche survivant et s’approprie sa fortune). Des criminels qui se rachètent en payant les dignitaires religieux du sanctuaire. Hedayat revient aussi constamment sur la façon dont est traitée la femme. Dans l’Intermédiaire encore, le mollah tombe amoureux d’une fillette de huit ou neuf ans qu’il achète pour trois tomans d’argent : « Elle était si petite que le soir des noces ses parents ont dû l’apporter dans leurs bras. Pour ne rien vous cacher, j’avais un peu honte de moi ». Dans la Femme qui avait perdu son mari on montre la femme fouettée, exploitée, abandonnée, dépouillée de toute humanité jusqu’à abandonner à son tour son enfant. Et dans la Quête d’Absolution encore, on décrit les effets de la polygamie et les crimes du gynécée. »
Il y a encore un autre fait rapporté par Farzaneh qui a peut-être eu un certain effet sur Hedayât, renforçant son sentiment d’être un étranger à Paris, d’y être même rejeté, puisque quelques semaines seulement avant son suicide, il emmène Farzaneh à Cachan, lui montre l’endroit où il a vécu comme étudiant et un certain pilier du viaduc où il donnait rendez-vous à sa fiancée. Car il avait été fiancé longtemps, 24 mois, raconte-t-il à Farzaneh, mais ses parents n’en ont pas voulu, de cet « Oriental sauvage » !

 

A la relecture de Boussole j’ai eu l’impression qu’Enard en avait fait un véritable kaléidoscope. Où brillaient toutes les étoiles de l’Orient. J’ai aimé qu’il parle de Goethe et de sa découverte de Hafez et de tout ce que cela a déclenché chez lui. « Quelle force chez Goethe », écrit-il (page 325). « Tomber amoureux à soixante-cinq ans du Divan de Hafez et de Marianne Willemer. Tout lire à travers les binocles de l’amour. L’amour génère l’amour. La passion comme moteur. Goethe machine désirante. La poésie comme carburant ». Moi, c’était la boulimie de savoir de Goethe qui m’a frappé. Il a découvert le Divan en 1814, alors que l’Europe était encore secouée de guerres. « Cet ouvrage a déclenché chez Goethe une véritable boulimie de connaissances », ai-je écrit dans ma note sur l’Age d’Or arabo-persan. Une boulimie de connaissances sur tout ce qui était l’Orient pour lui : « l’Orient persan, arabe, turc, indien, hébreu même ». Et a été à l’origine de son Divan à lui, son Divan Ouest-Est (je l’ai dans ma bibliothèque, voir Goethe : West-östlicher Divan, édité et annoté par Ernst Grumach, Akademie-Verlag Berlin, 1952, en trois volumes). Et j’ajoutais : « La première édition de cette oeuvre, qui sans Hafez n’aurait peut-être jamais vu le jour (certainement même !), a paru en 1819 alors que l’écrivain fêtait ses 70 ans. C’était aussi l’époque à laquelle Goethe allait avoir sa dernière relation d’amour, toute de renonciation comme il se doit dans l’ambiance orientale, avec la jeune veuve Willemer que, dans ses poèmes d’amour du Divan, il allait appeler Suleika ! (Suleika qui dans les légendes arabes de Joseph, est le nom de la femme de Putiphar). Le dernier volume du West-östlicher Divan allait paraître en 1827 (Goethe avait 78 ans !). ». Si cette « boulimie de connaissances » faisait partie de la personnalité propre de Goethe elle ne faisait, au fond, que continuer la démarche des hommes des Lumières, les Encyclopédistes en particulier. Et elle allait avoir pour héritiers bien d’autres hommes du XIXème siècle comme les frères Schlegel et les frères Humboldt en Allemagne. Quant à l’attirance pour les choses d’Orient elle n’est pas née subitement en Europe avec l’expédition d’Egypte de Napoléon comme semble le suggérer quelque part Mathias Enard. Il y avait déjà la découverte des Mille et une Nuits, véritable création de Galland, au tout début du XVIIIème siècle (les 12 volumes ont paru entre 1704 et 1717), qui avait déclenché une véritable Orientomanie. Voir ce que j’en dis dans ma note sur les Mille et une Nuits au tome 2 de mon Voyage : « Je crois que l’on peut affirmer sans beaucoup se tromper que ce livre a été un véritable catalyseur pour le développement de l’étude de l’Orient tant arabo-persan que indien. Eveiller la curiosité pour ce monde devait d’ailleurs être l’un des objectifs de Galland puisqu’il écrit dans son avertissement : « Tous les Orientaux, Persans, Tartares et Indiens paraissent (dans ces contes) tels qu’ils sont, depuis les Souverains jusqu’aux personnes de la plus basse condition. Ainsi, sans avoir essuyé la fatigue d’aller chercher ces Peuples dans leur Pays, le Lecteur aura ici le plaisir de les voir agir, et de les entendre parler ». Une curiosité pour l’Orient qui va aller en s’amplifiant jusqu’au XIXème siècle. Et qui honore l’Occident quoi qu’en dise le Libanais américain Edward Saïd (voir Edward W. Saïd : L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, édit. du Seuil, Paris, 1980) qui trouve ce regard bien déformant et dégradant ».


Et nous voilà arrivés à un autre jalon mentionné à plusieurs reprises par Enard dans son livre : Edward Saïd. « La question n’était pas que Saïd ait raison ou tort, dans sa vision de l’orientalisme », écrit Enard à la page 275 de son livre, « le problème c’était la brèche, la fissure ontologique que ses lecteurs avaient admise entre un Occident dominateur et un Orient dominé, brèche qui, en s’ouvrant bien au-delà de la science coloniale, contribuait à la réalisation du modèle ainsi créé, achevait a posteriori le scénario de domination contre lequel la pensée de Saïd souhaitait lutter ».


Essayons de dire les choses autrement. Plus simplement et, j’espère, plus clairement. D’abord l’interaction culturelle entre l’Europe et le Proche et Moyen-Orient ne date pas d’hier, ni de Galland, ni de l’expédition d’Egypte. Il y a eu Alexandre qui a porté la culture grecque jusqu’à l’Orient extrême (et a favorisé la fusion inter-culturelle), il y a eu l’Empire romain dont on peut encore admirer les monuments depuis le Maroc jusqu’à la Syrie et la Turquie, il y a eu les conquêtes des Arabes et des Turcs en pays européens, il y a eu les Croisades, le commerce méditerranéen, les Phéniciens dans l’Antiquité, les Vénitiens au Moyen-Âge. Il y a eu transmission par les Arabes à l’Occident non seulement du savoir de l’Antiquité grecque mais aussi d’une certaine vision au moins poétique de l’amour. J’ai beaucoup étudié ces problèmes à la fin de ma note sur L’Age d’Or arabo-persan à propos de la chevalerie, des troubadours et de l’amour courtois. Et j’écrivais ceci : « On a cherché des origines orientales pour beaucoup de choses : architecture (ogive gothique), chevalerie, amour courtois, contes. Tout le monde reconnaît que les contacts entre les deux mondes n’ont pas manqué : pèlerinages, croisades, contacts des villes maritimes italiennes, Sicile normande, Espagne musulmane. Personne ne nie que des contes et des fables soient passés d’Orient en Occident, souvent par l’Italie mais aussi par l’Espagne ». J’avais trouvé que l’influence sur les codes de la chevalerie n’étaient pas évidents et qu’on pouvait penser à d’autres évolutions (c’était d’ailleurs l’avis de Wilhelm Schlegel) mais l’origine arabo-hispanique des chansons des troubadours m’a semblé difficile à nier. Voilà ce que j’écrivais alors : « Les motifs communs les plus importants (c’est-à-dire : communs aux poètes arabes et aux trouvères provençaux et allemands. En Provence cette poésie se développe entre la fin du XIème siècle et la guerre des Albigeois qui entraîne un arrêt brutal) sont : l’amour élève l’âme, l’amour anoblit l’homme ; l’amour coup de foudre qui entre par les yeux qui sont aussi la porte de l’âme ; l’amour qui est maladie, qui rend fou ; la mort d’amour, le désir de demander grâce ; l’amour depuis l’enfance ; la rencontre de l’être aimé en rêve ; l’impuissance devant l’amour ; l’amour aimant ; etc. Tous ces motifs étaient décrits dans une oeuvre célèbre de l’Espagne musulmane, le Collier de la Tourterelle, de Ibn Hazm al-Andalusî, mort en 1064, et qui était très certainement connue en Provence ». Il y a un Irakien qui a écrit une thèse à ce sujet en Allemagne (Ali Yahya Mansoor : Die arabische Theorie, Studien zur Entwicklungsgeschichte des abendländischen Minnesangs, édit. Ruprecht-Karl-Universität Heidelberg, 1966). Un Irakien ? N’est-ce pas suspect ? Non, dis-je : « Les arguments de notre thésard sont ceux adoptés par une majorité de spécialistes aujourd’hui. Ils sont d’autant plus probants que depuis un certain nombre d’années on y ajoute des comparaisons de rythme et de prosodie entre poésie hispano-arabe et poésie provençale qui semblent montrer que beaucoup de ces premiers troubadours qui hantaient les chemins de Compostelle connaissaient l’arabe et que la transposition n’était pas seulement thématique mais aussi musicale... ». Et j’ajoutais, un peu honteux : « Et voilà, ces sacrés Arabo-Persans ne nous ont pas seulement apporté la science, la philosophie, la civilisation, ils nous ont même apporté l’amour ! ». C’était en 2002. Je n’écrirais probablement plus cela aujourd’hui où c’est justement la conception de la femme qui pose problème dans l’islam d’aujourd’hui. Mais il faut aussi dire que la conception de la femme et de l’amour chez l’Al-Andalusî du XIème siècle est bien éloignée de celle qui règne en nos quartiers et encore bien plus de celle de Daesh ! D’ailleurs, aujourd’hui le nom d’al-Andalusi désignerait un Djihadiste originaire d’Espagne !
Tout ceci pour dire que le mariage entre l’Occident et l’Orient dans nos contrées est ancien et durable. Et que la Méditerranée est une mer intérieure de ce grand ensemble. D’ailleurs j’ai toujours considéré que nos racines allaient au-delà de la Grèce et plongeaient dans l’Egypte et l’ancienne Mésopotamie.


Alors, que s’est-il passé ? Il s’est passé que l’Occident, c’est-à-dire au départ l’Europe, a évolué d’une manière différente par rapport à l’Orient, sur le plan des idées (Renaissance-Lumières-valeurs-connaissances) et sur le plan matériel (science-technique-industrie-capitalisme), a promu voyages, découvertes et colonisation. Et cette colonisation a conduit à l’exploitation et à la domination. Une domination pas seulement matérielle mais aussi culturelle. C’est elle que Saïd reproche à l’Occident. Vaste problème. Et dont on n’a pas fini de débattre.
Mais je pense comme Enard que creuser cette « brèche » comme il l’appelle est nocif pour tout le monde. Bien sûr la colonisation ou du moins la domination française et anglaise, puis l’américaine sur l’Afrique du Nord et tout un ensemble de pays du Proche et Moyen-Orient était condamnable. Encore que les Arabes dans leurs conquêtes à l’époque du Prophète et de ses successeurs en direction de l’Est (et je suis persuadé que les Iraniens leur en veulent encore aujourd’hui et que la querelle chiites-sunnites est basée sur cette humiliation historique de la Perse) comme en direction de l’Ouest n’étaient pas plus moraux. Ni les Turcs quand ils ont occupé de vastes terres occidentales pendant tant de siècles. Et sur certains aspects la colonisation a eu aussi ses avantages (infrastructures, instruction, technologie, mise en valeur, etc.).


Et puis tous ces pays ont secoué le joug des Occidentaux. Au début la confrontation était peut-être violente mais est restée rationnelle. Sans un rejet global de ce qu’était l’Occident. Et cela a duré tant que le nationalisme plus ou moins laïque s’est imposé (Bourguiba, Boumedienne, Nasser, Saddam Hussein, le Shah). Et puis ce sont les mouvements religieux qui ont pris le dessus. Et c’est alors que la grande brèche s’est creusée (pas la peine de mettre cela sur le dos de Saïd). Et que cet Orient-là a commencé à rejeter tout l’Occident. Ce qui était peut-être condamnable (le matérialisme à outrance, l’individualisation forcenée, la sexualité ostentatoire) et ce qui, au contraire, faisait partie des valeurs universelles de l’humanité (dignité humaine, droits de l’homme, égalité homme-femme, tolérance, démocratie). Et si cela s’est produit dans ces pays-là, tous musulmans, c’est qu’il y avait une ancienne concurrence, une ancienne hostilité entre les trois branches majeures du monothéisme judéo-chrétien-musulman, qui s’est réveillée à cette occasion, collant une fois pour toutes l’étiquette de chrétiens ou de croisés sur tout l’Occident. On comprend bien qu’une telle opposition n’a pas pu se développer en Inde à l’encontre des anciens maîtres britanniques du Raj, la religion n’y ayant jamais joué le moindre rôle. L’ennemi des Hindouistes était l’islam. Non la chrétienté. Malgré tous les missionnaires chrétiens on n’a jamais vu un seul Brahmane se convertir à une quelconque religion chrétienne. Et il en est de même des trois pays de l'ancienne Indochine française. Aucune hostilité n'y subsiste aujourd'hui à l'encontre de la France. Et même pas à l'encontre de l'Amérique !
Et puis, sur le terreau de l’islam fondamentaliste, s’est développé l’islamisme djihadiste. Et pour ces barbares-là, c’est tout ce qui n’est pas l’islam, aujourd’hui, qui est synonyme d’Occidental. Et tout ce qui n’était pas l’islam hier, est occidental aussi. Hérétique. Et c’est ainsi que Palmyre delendum est. D’ailleurs les archéologues et les orientalistes qui y traînent (voir Boussole) ne sont-ils pas occidentaux ? C’est bien la preuve.


Vous voyez que ce Prix Goncourt est plus important qu’il ne paraît. Il suffit de le lire avec attention et de le relire. Il nous entraîne à la réflexion. A condition de comprendre les indices qui y sont parsemés. Qui, en grande majorité, restent des indices pour initiés. Et c’est grand dommage. Enard aurait peut-être dû y inclure des notes, des références, une bibliographie, je ne sais pas… Mais je suppose que l’éditeur ne l’aurait pas voulu. Que cela ne se fait pas, de mêler fiction et connaissances. Et qu’ainsi Enard n’aurait pas eu le Goncourt.
Alors, moi, toujours serviable, vous me connaissez, je vais vous donner quelques jalons à la place d’Enard. Et vous inciter à vous plonger un peu dans ce fameux Age d’Or arabo-persan dont je vous ai tant parlé. Et ainsi vous faire comprendre que malgré les Sauvages de Daesh, ce monde-là est aussi le nôtre.

 

Repères

 

Le Livre des Rois de Ferdousi : vous auriez certainement du mal à trouver la magnifique édition en sept volumes bilingues éditée par Maisonneuve en 1976 avec la typographie de notre Imprimerie Nationale mais vous pourrez peut-être encore dénicher l’excellente sélection publiée par Sindbad (repris plus tard par Actes Sud) en 1979 : Ferdowsi : Le Livre des Rois (extraits et présentation de Jules Lazard sur traduction de Jules Mohl), édition Sindbad, Paris, 1979.

Wîs et Râmîn : je vous indique mon édition, évidemment épuisée, mais vous n’avez qu’à chercher sur le net, vous la retrouverez peut-être, ou une autre édition, qui sait ? Voici : Gorgâni : Le Roman de Wîs et Râmîn, trad. Henri Massé, édit. Les Belles Lettres, Paris, 1959

Chosroès et Chîrîn : Même remarque. Cherchez. Voici mon édition : Nizâmî : Le Roman de Chosroès et Chîrîn, traduit du persan par Henri Massé, édit. G.-P. Maisonneuve & Larose, Paris, 1970.
Le style de Nizâmî est un peu précieux, mais l’orientaliste américain Michael Barry qui a vécu un moment en France, marié à une Française et grand ami de Massoud avec lequel il lisait de l’ancienne poésie en pleine guerre civile en Afghanistan, a fait une superbe traduction, teintée de vieux français d’un autre roman de Nizâmî, le Pavillon des sept Princesses. Superbes aussi les nombreuses notes qui titilleront votre intelligence. Voici : Nezâmî de Gandjeh : Le Pavillon des sept Princesses, traduit, présenté et annoté par Michael Barry, édit. Gallimard, Paris, 2000.

Leylâ et Majnoun. Nizâmî a aussi écrit une version de cette fameuse histoire d’amour. Je ne l’ai pas et ne suis pas sûr qu’on puisse la trouver en français. Celle que j’ai est de l’écrivain turc Fuzûlî (en traduction anglaise), un écrivain que Mathias Enard cite d’ailleurs dans son roman. Mais André Miquel a publié une sélection de poèmes qui y correspondent, voir : Majnûn, L’amour Poème, choix de poèmes traduits de l’arabe et présentés par André Miquel, édit. Sindbad - Actes Sud, Arles, 1999.

Roman d’Antar. Aucune chance, je pense, que vous puissiez trouver mon édition de la traduction par von Hammer-Purgstall avec intro de Poujoulat et qui date des années 1867-68. A vous de chercher sur le net. Il y a eu des extraits publiés par Piazza dans les années 20.

Omar Khayam. Goethe n’a pas encore pu connaître Khayam. Car ce n’est qu’à partir de 1860 que la première traduction dans une langue européenne a été réalisée par l’Anglais Edward FitzGerald. Voici mes éditions à moi de ces Quatrains. On devrait encore pouvoir les trouver. Hedayat s’est beaucoup intéressé à Khayam. C’est vrai qu’ils avaient beaucoup de choses en commun et d’abord la conscience de l’absurdité de notre existence. Voir :
Les Quatrains du sage Omar Khayyâm de Nichâpour et de ses épigones. Présentation, traduction et notes de Hassan Rezvanian, édit. Imprimerie Nationale, Paris, 1992.
Sadegh Hedayat : Les Chants d’Omar Khayam, édit. critique, trad. M. F. Farzaneh et Jean Malaplate, édit. José Corti, Paris, 1993.


Hedâyat. Voir d’abord cette sélection d’écrivains iraniens du début du XXème siècle (car Hedayat n’était pas le seul, il y en avait plusieurs autres très intéressants) : Nouvelles Persanes - L’Iran d’aujourd’hui évoqué par ses écrivains, (Sadegh Hedâyat, Abdolhosseyn Vejdâni, Djalal Aleahmad, Mahmoud Dowlatâbâdi, Gholâmhosseyn Sâedi), choix de textes, présentation et traduction par Gilbert Lazard, édit. Phébus, Paris, 1980.
Et puis ces trois références, dont la première est certainement difficile à trouver aujourd’hui :
Sâdeq Hedâyat : Deux Nouvelles (L’Impasse - Demain), texte persan avec traduction par Vincent Monteil, Editions de l’Institut Franco-Iranien, Téhéran, 1952.
Sadeq Hedayat : Trois Gouttes de Sang, nouvelles, trad. Gilbert Lazard, édit. Phébus, Paris, 1988
Sadegh Hedayat : La Chouette Aveugle, roman, traduit par Roger Lescot, édit. Libr. José Corti, Paris, 1988.
Et si Hedayat vous intéresse vraiment vous pourriez aussi rechercher sa biographie par son ami Farzaneh : M. F. Farzaneh : Rencontres avec Sadegh Hedayat, le parcours d’une initiation, édit. Libr. José Corti, Paris, 1993



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