03/11/2015     (imprimer)

Actualitťs (IsraŽl, Islam, etc.)

Israël, Islam, Fin de vie, Finance, Sarkozy

 

Il ne se passe pas un jour sans que j’achète Le Monde. En plus, je suis abonné au monde.fr. Je lis un quotidien luxembourgeois, un hebdomadaire, Le Jeudi, de temps en temps Le Canard enchaîné, de temps en temps la Zeit. Et regarde de temps en temps les nouvelles à la télé. Et, comme tout le monde je consulte plusieurs fois par jour l’actualité sur Google. Et je me demande si je fais bien. Si cela a encore beaucoup de sens. Surtout à mon âge. Car je vois bien que rien ne s’arrange, de tout ce qui m’importe. Que cela évolue exactement comme je l’ai prévu. Ou en pire. Au point même que je suis capable, très souvent, de lire Le Monde en moins d’une demi-heure. Souvent je ne fais que lire les titres. Et cela me suffit. Je sais à l’avance ce qui se trouve à l’intérieur des articles. Prenons quelques exemples :


Israël. Deux intellectuels israéliens ont discuté de la situation palestinienne, nous relate Le Monde du 25 septembre (Alain Frachon). L’un est écrivain, Avraham Yehoshua, l’autre historien et ancien diplomate, Elie Barnavi. La discussion a lieu à l’invitation de JCall, un réseau juif européen, nous dit-on, pour Israël et - ce qui est plutôt une bonne nouvelle - pour la paix. Yehoshua pense qu’il faut réfléchir sérieusement à un Etat binational ou « une structure juridique de type confédérale ». Seule solution qui reste, pense-t-il, étant donné qu’on compte maintenant 400000 colons en Cisjordanie et 200000 à Jérusalem-Est. Et qu’on peut penser que la situation est telle qu’elle est devenue irréversible.
Pas du tout, dit Barnavi. Impensable, dit-il. Les Arabes seraient majoritaires (ce qui n’est pas vrai d’ailleurs, mais comme Yehoshua a parlé d’y ajouter la Jordanie…). Les juifs voudront conserver la majorité politique. Donc, forcément, un Etat pas démocratique. Un cauchemar. Et le journaliste du Haaretz, Ari Shavit, dit la même chose : c’est la colonisation qu’il faut arrêter, ce sont les colonies qu’il faut démanteler. Israël ne fonctionne plus. C’est la « dégénérescence accélérée ». On est les otages d’« une bande de zélotes messianiques », dit-il.
Autrement dit : on est arrivé dans le mur. Un nouveau mur des lamentations. Qui le sera pour longtemps. Aussi bien pour les Israéliens que pour les Palestiniens.

Il y a deux ans j’avais publié une très longue et très complète synthèse de la situation israélo-palestinienne sur mon site Bloc-notes intitulée : Coup de sang (Palestine) et sous-titrée : La défunte solution à deux Etats. Et j’avais terminé ma note ainsi :
Quel est l’avenir ? Jeff Halper (anthropologue israélien, Président d’une ONG qui s’oppose à la destruction des maisons des Palestiniens) nous a longuement parlé de la solution d’un Etat bi-national, seule solution d’après lui (et bien d’autres pensent la même chose que lui) puisque la solution à deux Etats est morte. Et d’énumérer toutes les conditions pour qu’un tel Etat soit démocratique et respecte les droits de tous. Je n’ai aucune envie d’entrer dans ces théories. Pour moi une telle solution est encore plus utopique que celle qui reviendrait aujourd’hui à une solution à deux Etats avec démolition de la plus grande partie des colonies. C’est bien le drame : la politique israélienne des dernières décennies a conduit dans un mur. C’est ce que je pense depuis fort longtemps. Et ne peux que constater que six anciens chefs du Shin-Bet semblent penser comme moi.
Ma note datait d’avril 2013. Il n’y a rien à y ajouter. Hélas. Ah, si : depuis lors la haine entre les deux communautés n’a fait qu’augmenter, rendant encore un peu plus illusoire toute solution d’un Etat binational…


Islam. Il y a quinze jours encore l’écrivain algérien Boualem Sansal était sur toutes les listes littéraires avec son nouveau roman 2084. C’est du moins ce que nous disait Michel Guerrin dans Le Monde du 17 octobre. En plus d’être invité partout, nous dit-on, toutes les télés, les radios, au Figaro aussi, nous dit un peu fielleusement Guerrin, et recommandé par Houellebecq. Ouah !
C’est qu’il n’attaque pas seulement l’islamisme, mais aussi l’islam, nous fait encore comprendre Guerrin. Et qu’ainsi les hommes de gauche peuvent en dire du bien sans être traités d’islamophobes ! Ah, les courageux ! A la fin de son article, pourtant, Guerrin se rattrape, en citant l’éditeur de Sansal chez Gallimard, Jean-Marie Laclavetine : « Ses livres sont bien plus riches et ambigus que ce à quoi on le réduit. Et ils parlent mieux que lui. Boualem est un enfant de Rabelais et de Diderot, de la Renaissance et des Lumières. Pas d’emphase ou de lyrisme dans son style, mais une ironie froide et désespérée, une inventivité verbale stupéfiante et une écriture romanesque complexe. C’est rare au Maghreb. » « En France aussi », dit Guerrin. « Un homme libre en somme. Et qu’il faut lire. ».
Et pourtant je ne crois pas que je vais le lire, son livre. Même s’il a déjà disparu des listes de prix littéraires. Aussi bien du Goncourt que du Renaudot et que du Médecis. Eux aussi doivent avoir peur de se voir traités d’islamophobes. Alors que l’Académie française l’a couronné. Quand même. Mais les Immortels sont forcément de droite. Non, si je n’ai pas, pour le moment, l’intention de lire Sansal c’est que je crois déjà tout savoir. Tout savoir de son Abistan (Yollah est Dieu et Abi son Prophète). Prière, lapidation, lavage de cerveaux. Dictature des barbus. Nouvel avatar orwellien.
Mais l’homme m’intéresse. Drôlement. Diablement. Surtout après avoir lu son interview dans Le Monde du 31 octobre (par Raphaëlle Rérolle). A cause de ce qu’il dit d’abord sur lui-même. Il croit en la raison humaine, n’a de sympathie pour aucune religion, peut s’en accommoder si elles n’envahissent pas l’espace public, mais semble penser comme moi que ce renouveau de l’irrationnel que la société humaine vit actuellement paraît d’autant plus mal venu alors qu’en même temps « l’homme est capable de fouiller l’infini, de photographier le fin fond de l’univers ». Et puis il y a ce qu’il dit de l’évolution de la religion dans son pays qui me paraît particulièrement important. L’islam contemporain n’a déjà plus rien à voir avec celui d’il y a trente ans. « D’une petite pratique qui ne dérangeait pas, il est passé à une réalité tonitruante… ». C’est la constatation qu’en fait quelqu’un qui y vit depuis sa naissance. Il est vrai qu’il y a trente ans il y avait encore Boumediene et que « l’Algérie était un pays socialiste ». L’islam y était vécu un peu comme le christianisme en France, dit-il. C’est-à-dire d’une manière « transparente ». Et puis tout à coup « cette chose lointaine s’est imposée partout, avec ses discours, des constructions de mosquées. Le  paysage lui-même a changé, les pratiques vestimentaires se sont modifiées, les barbes se sont mises à pousser… et les enfants des écoles se transforment en petits ayatollahs à la maison… ». De toute façon c’est une constatation qu’ont pu faire tous ceux qui ont vécu ou voyagé comme moi dans tous ces pays d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, ou d’Iran, ou de Malaisie et d'Indonésie. Depuis 50 ans. En Tunisie l’influence de Bourguiba restait prépondérante, en Egypte le souvenir de Taha Hussein n’était pas mort, en Syrie et en Irak le parti Baas, socialiste et laïque, était au pouvoir, à Istanbul l’idéal de Kemal Pacha était toujours vivant. En Iran il y avait le Shah, en Malaisie on n’avait pas encore mis en ligne gouvernementale les fatwahs des autorités religieuses et quand j’ai voyagé en Indonésie au début des années 70 je n’ai jamais vu des foulards posés sur les têtes de petites filles impubères comme je l’ai vu il y a deux ans à Sumatra. Et Annie se souvient de ce à quoi ressemblait le Maroc au temps de son adolescence. C’est que l’islam s’est mondialisé, dit encore Sansal. Et on a connu d’ailleurs la même évolution chez nous en France ou en Europe. Il y a trente ans on ne voyait pas encore des burquas à l’ombre des hauts-fourneaux d’Uckange. C’est que les convertis sont toujours les plus radicaux, dit Sansal à ce propos. Et, dans Le Monde du 30 octobre un titre attire l’œil : Dix ans après les émeutes, l’islam irrigue la vie sociale des cités. Et on y apprend que dans certains quartiers les jeunes demandent à l’imam s’il est légitime de brûler les voitures !
Sansal n’est pas pour autant très tendre avec les Français. Le racisme anti-algérien, il connaît. Surtout dans « certaines villes françaises » qu’il ne nomme pas. Mais il critique encore plus les siens. Sont-ils si naïfs ? Ont-ils peur ? Pourquoi sont-ils si passifs ? Et il est terriblement pessimiste. « La capacité des hommes à céder du terrain est incroyable. Ils se laissent mettre la corde au cou… L’humanité me désespère… J’ai une vision tragique de l’avenir. J’ai vu mon pays se laisser surprendre par une évolution tout à fait inattendue et cela détruit un Etat, un corps social, à toute vitesse. On croit que les sociétés sont solides, mais pas du tout : au moindre choc tout part en éclats. Je l’ai vu. En face de l’islam les valeurs de la raison s’effondrent comme un château de cartes… ».
Et il termine en disant : « Les Lumières se sont éteintes… ».
Bien. Au moins on n’aura pas à éteindre la lumière quand on prendra la porte pour notre sortie de scène définitive…

 

Fin de vie. Oui, mais pourra-t-on au moins partir dans la dignité ? En France, non. Cela fait je ne sais pas combien de notes que je dédie à ce problème. Ma dernière date du 4 mars cette année, intitulée Suicide assisté (4). Elle faisait suite à la magnifique émission que Roselmack avait consacrée à ce sujet au début du mois de janvier. Et puis en post-scriptum j’avais indiqué ce qu’étaient les résultats du vote de la nouvelle loi en discussion (le 12 mars). Les amendements en faveur du suicide assisté et l’euthanasie sous certaines conditions ? Rejeté, une fois de plus ! Et des médecins expliquaient que la loi Leonetti avait abouti au contraire de ce que l’on voulait car on ne meurt pas d’un sédatif.
Quand je pense que Hollande l’avait mis dans son programme, le suicide assisté, mais là aussi le courage lui a manqué. On n’arrive pas à solutionner ce genre de problèmes avec des compromis. Les Présidents qui ont réussi à faire adopter l’avortement et l’abolition de la peine de mort avaient probablement une autre envergure !
Et voilà que le 29 octobre le Sénat adopte un texte qui est une remise en cause complète du projet de loi auquel ses deux auteurs, Alain Claeys et Leonetti, étaient arrivés après un long travail de compromis. C’est que le Sénat est passé à droite et, comme tout est politique, ou plutôt partisan, en France, il a tout fait capoter. De toute façon plus personne n’y comprend plus rien. Il y a encore Martin Hirsch qui vient de pondre ces jours-ci une longue prise de position toujours aussi vaseuse (il est pourtant Normalien et Enarque). On a l’impression que tout le monde s’en fout. Mon frère Bernard, collégialité médicale oblige, me dit : mais tout ceci n’est pas d’une importance primordiale, d’ailleurs le suicide assisté est un luxe ! Comment ça un luxe ? Oui, actuellement, pour ceux qui sont obligés de demander assistance à Dignitas. Et pourquoi tout un chacun n’y aurait-il pas droit ?
Heureusement que j’habite le Luxembourg. Il y a quelques mois Annie et moi nous avons rempli tous les deux nos dispositions de fin de vie qui sont des demandes d’euthanasie faites à l’avance pour le cas où nous nous trouverions dans une situation d’inconscience irréversible et que nous serions atteints d’une affection accidentelle ou pathologique grave ou incurable. Nous avons chacun indiqué l’autre comme personne de confiance et adressé les formulaires à la Commission Nationale de Contrôle et d’Evaluation sur l’euthanasie et l’assistance au suicide. Et celle-ci nous a accusé réception, confirmant leur enregistrement officiel. Voilà : c’est simple comme bonjour. Pourquoi tout est toujours si compliqué en France ? Et, en plus, si je suis conscient et toujours atteint d’une maladie grave irréversible, comme Alzheimer par exemple, je puis aussi demander l’assistance au suicide, à condition, bien sûr, de trouver un médecin qui accepte de s’en charger.
Et c’est tout aussi simple en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. En Allemagne il n’y a pas encore de législation. Et comme le suicide n’est pas interdit par la loi, il n’est pas non plus condamnable, pour un médecin, d’aider au suicide. C’est ce que j’ai lu il y a quelques mois à peine dans le Spiegel. Mais ils ont bien l’intention, eux aussi, de légiférer dans l’avenir…

 

La Finance. On n’arrête pas de parler, depuis plusieurs semaines déjà, de l’intention de la FNAC d’avaler Darty. Alors que les deux ont une large gamme de produits qu’ils distribuent tous les deux en concurrence ! Mais personne n’a plus l’air de se soucier de la concurrence. L’important c’est de devenir plus gros. Cela m’amuse (en fait pas tellement) parce que je me souviens de cet Américain (ou était-ce un Anglais ?) qui, dans ma jeunesse, n’arrêtait pas de vanter le Small is beautiful. Je crois qu’il s’appelait Schumacher. Je dois encore avoir son petit livret là-haut dans ma Bibliothèque.
Mais aujourd’hui nous sommes plongés dans un monde capitalistique  complètement différent. Le 13 octobre on annonçait la méga-fusion entre les deux groupes de bières géants Anheuser-Busch InBev et SABMiller A côté d’eux Heineken et Carlsberg sont des nains. Là aussi personne ne parle de concurrence, de position dominante, etc. Je me demande simplement ce qu’en pensent les producteurs de houblon.
Il y a six mois c’étaient les N° 1 et 2 du Ciment qui fusionnaient : Lambert et Holcim. Toujours pas de problème.
Le 31 octobre Le Monde nous apprend que ce sont les fabricants du Viagra et du Botox, Pfizer et Allergan, qui sont en train de se rapprocher et vont bientôt former le numéro un mondial de la pharmacie. Ce serait d’ailleurs la plus grosse méga-fusion de la pharmacie et de l’année. Il reste quelques problèmes à résoudre, fiscaux entre autres (l’un des avantages de la fusion serait d’échapper à l’imposition américaine bien trop lourde pour ces pauvres actionnaires, pensez donc : 35% sur les bénéfices ! L’horreur). Mais pour ce qui est de la concurrence, de la position dominante, rien, que nenni…
C’était la minute du Big is beautiful !

 

Sarkozy. Alors là j’avoue : voilà un résultat que je n’avais pas prévu : Sarkozy va gagner la primaire à droite, les sondages le montrent, donc c’est vrai, donc c’est inévitable. Hier, à l’émission C dans l’air, débattant de cette question, deux des participants disaient : les Français, dans leur immense majorité, ne veulent d’aucun des deux revenants, ni de Hollande, ni de Sarkozy. Et pourtant on les aura tous les deux aux prochaines élections présidentielles. Pourquoi ? Parce que c’est trop facile : celui qui sera au second tour avec la Marine sera sûr d’être élu. Pas si sûr. S’il faut choisir entre Marine et Sarkozy je n’ai pas l’intention de me déplacer. Je commencerai plutôt des cours de luxembourgeois et me préparerai à prendre la nationalité grand-ducale. Malgré mes convictions républicaines…
 



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