29/10/2014     (imprimer)

Pierreries exotiques

 


L’ami Jérôme Bouchaud vient de publier dans sa toute nouvelle Maison d’édition un livre de pantouns malais. C’est le résultat d’une expérience démarrée en 2012 sous l’égide de Georges Voisset (et à laquelle j’ai apporté une très modeste collaboration) : lancer le pantoun francophone sur le modèle du vrai pantoun malais, le pantoun court de deux distiques, l’un créant l’ambiance, l’autre exprimant l’idée du poème. C’était d’autant plus nécessaire qu’en France on ne semblait connaître que ce Pantoum (le m venant d’une erreur typographique) dont la mode avait été lancée par Victor Hugo sur la base d’une variante du pantoun malais, le pantoun berkait ou pantoun lié, une suite de quatrains où l’on répète chaque fois aux vers 1 et 3 d’un quatrain les vers 2 et 4 du quatrain précédent.
Pour lancer l’opération pantoun francophone on s’est servi d’un site créé par Jérôme Bouchaud, Lettres de Malaisie, sur lequel on a publié une revue Pantouns où paraissaient chaque fois les meilleurs des pantouns reçus, ou du moins ceux que le jury avait sélectionnés. La première édition de cette Revue a paru en septembre 2012. La prochaine édition de la revue paraîtra vers Noël de cette année : ce sera le numéro 13 ! Alors il a été décidé de faire une sélection de tous ces pantouns recueillis au cours des deux années passées et d’en faire un livre. Ce livre c’est Une Poignée de Pierreries – Collection de pantouns francophones, poèmes présentés par Jérôme Bouchaud et Georges Voisset, édit. Jentayu, Andert-et-Condon (Ain), 2014. Il est superbe. Et superbement illustré. J’en ai commandé plusieurs exemplaires que je compte offrir à des amis. Car, plus je vieillis, plus je trouve que la poésie aide à supporter la vieillesse. Surtout quand il s’agit de ces poèmes courts, comme le haïku et le tanka. Et puis c’est cette folie malaise qui me possède depuis près de cinq années maintenant…
Parmi toutes ces pierreries j’en ai trouvé quelques unes qui étaient des pierreries à moi. Les voici :


Îles
Couchées côte à côte comme frère et soeur
les deux îles Lérins, aux noms de Saints
Couchés côte à côte, comme frère et soeur
les amants rassasiés, sa main sur son sein


Miracle
Tous les matins d’ici un miracle quotidien
Le soleil se lève et la mer scintille
Tous les matins de ma vie, mon miracle quotidien
Une femme dans mon lit, et qui me sourit


Automne précoce
Les vignes se couvrent de givre
Elles frissonnent. Vent d’automne
Les vieux amants s’enivrent
L’amour hiberne. Sommeil monotone


Miroirs
Dans la mer se mire le soleil de Malaisie
Et les mouvements de la mer se mirent dans les cieux
Dans tes yeux j'ai vu mon âme, oh ma mie
Et tout au fond de mon âme j'ai retrouvé tes yeux

 

L’orage
Il y a peu l'orage a éclaté
les arbres en ruissellent encore
Il y a peu j'avais une bien-aimée
j'aimerais bien l'avoir encore
(D'après un poème folklorique alsacien)

 

Poires blettes
Si tu ne veux pas que tes poires soient blettes
n'attends pas pour les récolter
Si tu vois qu'une fillette est prête
n'attends pas pour l'embrasser
 (d'après Nathan Katz, poète sundgauvien)

 

La baratte
Si tu veux baratter ton lait
il te faut un tonnelet
Si t'as envie d'embrasser
il te faut une bien-aimée
(d'après Nathan Katz, poète sundgauvien


Sous-marine
La petite langouste se recule dans son trou
Son antenne dépasse et elle ne le sait pas
La jeune Rosine me dit qu'elle a peur du loup
Mais son oeil la trahit et elle ne le sait pas


Il y a un autre pantoun que j’aimais bien mais que les éditeurs n’ont pas retenu, c’est celui-ci :


Le Pointu
Jadis pêchant la sardine, le Pointu de notre ami
à présent nous promène. Destination : l’Île d’Or
Jadis pleins d’ardeur, débordant de vie
à présent sommes sereins. Destination : la mort


Je comprends bien pour quelle raison ils l’ont éliminé. La mort n’est pas un sujet bien populaire. Et pourtant il nous concerne tous. Et, en quelque sorte, c’est aussi la vie. Car sans la mort pas de renouveau. Pas d’enfants. Au fond, ce serait un monde encore plus triste.
Et puis il y a l’amour qui nous en console, de la mort. Ou plutôt de la solitude, de cette solitude de l’âme qui est la contrepartie de notre conscience d’être un individu. L’amour et la mort, Eros et Thanatos, sont les deux pôles de la vie humaine.


La mort est mon sort
L’amour son anti-corps


(ceci n’est pas un pantoun)

 

Post-scriptum : toujours dans le cadre du Projet Pantoun francophone, il a été décidé de créer une Association dont l'objet en est la promotion, Sayang Pantoun, et dont le site est le suivant : pantunsayang

PS-2 : Je signale aussi que sur la page d'accueil de mon site Bloc-notes on peut trouver une rubrique Poésie...



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